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La mort d’Israël Horovitz

par Gilles Costaz

L’ami américain

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Né en 1939 à Wakefield (Massachusets), Israël Horovitz est mort à New York le 9 novembre. Auteur de théâtre, metteur en scène et aussi réalisateur, il avait été très fertile ; il a écrit environ 70 pièces et pas mal de scénarios. Au cinéma, il a porté lui-même à l’écran sa pièce Très chère Mathilde sous le titre My Old Lady. Fils de camionneur, il aura connu une vie intense et triomphale, ternie ces dernières années par des accusations de harcèlement sexuel. Joué dans les grandes capitales, interprété par les plus grandes têtes d’affiche (Al Pacino, Richard Dreyfus à Broadway, Laurent Terzieff, Gérard Depardieu, Pierre Dux, Jane Birkin, Jacques Dufilho, Marcel Maréchal, Pierre Arditi, Emmanuelle Devos, Pierre Vaneck, Daniel San Pedro, Line Renaud, Samuel Labarthe à Paris), il s’est souvent tenu à l’écart des grands circuits pour revenir dans son Massachusets natal (où il situe beaucoup de ses œuvres, comme Le Baiser de la veuve ou Opus cœur) et fonder le Gloucester Stage Company, qu’il a dirigé de 1979 à 2004. Il fut assez nomade. Il s’installait à Londres régulièrement et venait très souvent à Paris. Il mit en scène lui-même La Marelle et Didascalies au Lucernaire, en 1993.
Son œuvre paraît très diverse. Quelle parenté y a-t-il entre Le Premier (1970), où trois personnages se disputent la place de leader en tête d’une file d’attente, Terminus (1999), une sorte de poème où il se raconte beaucoup en se projetant dans le destin d’un écrivain imaginaire, et Trois semaines après le paradis (2002), où il retrace sa propre émotion après l’attentat contre les tours du World Center le 11 septembre 2001, ou bien Le Baiser de la veuve, Opus cœur et L’Indien cherche le Bronx ? Trois thèmes, pourtant, semblent dominer ce massif dramatique qui parle un jour de James Dean et un autre jour de Pierre Bonnard : le leit-motiv de la séduction et de la vie en couple, le génocide des juifs et les moments violents de l’histoire du monde vue du côté ouvrier, la relation père-fils (elle fut violente dans le cas de l’adolescent Israël !). Habile constructeur d’histoires et créateur de personnages de forte nature, il doit une part de son succès en France à ses adaptateurs, Claude Roy qui le fit rapidement applaudir en France en adaptant Le Premier, Jean-Loup Dabadie pour Quelque part dans cette vie, la compagnie Hercub’ (Michel Burstin, Bruno Rochette, Sylvie Rolland) pour Lebensraum (notamment) et Jean-Paul Alègre pour Trois Semaines après le paradis et Les Poings qui volent.
Son amitié pour la France n’était pas liée à ces succès ; elle pourrait bien être née de son intérêt pour le théâtre de l’absurde. Il comprit tout de suite qu’il se passait en Europe quelque chose dont il n’était pas très éloigné ! Il chercha à rencontrer Beckett et devint l’un des amis. Il connut Ionesco qui le dépeignit en « tendre voyou américain » : « Comme tous les tendres, comme tous les doux, il écrit les choses les plus cruelles qu’on puisse imaginer. » Tout cela, il le raconte dans un livre de souvenirs qui restera autant, ou plus, que ses pièces, Un New-Yorkais à Paris, paru chez Grasset en 2011. Quoi qu’il en soit, n’en déplaise aux personnes mal-informées qui ont pu écrire qu’Horovitz n’est plus joué aux aujourd’hui, l’on peut affirmer le contraire, tant ses textes – Le Premier, avant tout, sans doute – sont repris par les compagnies indépendantes. Les chefs de troupe et les metteurs en scène, comme Ladislas Chollet, les responsables d’Hercub’, Bernard Murat et tant d’autres, n’ont pas oublié qu’Horovitz venait souvent leur rendre visite et vivent comme si Horovitz était toujours là. Nous le revoyons, charmant, charmeur, rieur, attentionné, à Nantes, avec sa femme Gillian, à l’occasion d’un cycle que lui consacré Patrice Foureau, tantôt dans la salle, tantôt sur un bateau ! Israël Horovitz était vraiment notre ami américain.

Les versions françaises de ses pièces sont publiées à L’Avant-Scène Théâtre et aux éditions Théâtrales.

Photo SortiraParis.

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