La mort d’Alain Crombecque, l’insatiable passeur de talents

La mort d'Alain Crombecque, l'insatiable passeur de talents

Inlassable chineur de talents du monde entier, homme d’une ombre dans laquelle il aimait se fondre, Alain Crombecque est mort emporté par une crise cardiaque dans le métro parisien lundi 12 octobre. Cette fin non annoncée dans un lieu public quasi anonyme était bien à son image de discrétion et de silence.

Il venait de passer le cap de son 70ème anniversaire après avoir lancé début septembre la 38ème édition du Festival d’Automne qu’il dirigeait depuis 1993 avec un appétit et une curiosité que ni le temps ni l’espace ne pouvait entamer. Né à Lyon, il fut dès l’enfance happé par le monde du spectacle, à commencer par celui du théâtre alors incarné dans sa ville natale par les figures de Roger Planchon et de Marcel Maréchal. Il fut militant syndical au sein de l’UNEF durant ces années 60 qui préfiguraient ce fameux mois de mai qui allait tout remettre en question.

Il avait durant ces mêmes années déniché les talents singuliers d’outsiders comme ces « Argentins de Paris » nommés Victor Garcia, Jérôme Savary et son Grand Magic Circus, Alfredo Arias et son groupe TSE ou encore Claude Regy, l’ascète. Pour eux il se fit attaché de presse d’un style particulier, capable de dire à un journaliste que le spectacle dont il s’occupe n’est pas intéressant pour lui ou son journal. Attaché de presse, chargé de communication il le fut également auprès de Michel Guy quand celui-ci fonda le Festival d’Automne en 1971. Les deux hommes se ressemblaient autant qu’une carpe et un lapin, le premier grand bourgeois lettré aimant se trouver sous le feu des projecteurs, et lui jouant de préférence les passe-murailles. Mais au-delà des apparences ils s’estimaient en confiance, amitié et efficacité. Quand Michel Guy devint ministre de la culture auprès de Valery Giscard d’Estaing, Alain Crombecque le remplaça tout naturellement à la tête de son Festival. C’est après sa mort qu’il en prit les rênes de façon définitive.

Dans la foulée des directions d’institutions phares il prit, de 1985 à 1992, celle du Festival d’Avignon mettant ses pas dans les empreintes laissées par Jean Vilar, soucieux avant tout de faire éclore et connaître les talents des autres. Ce furent des années fastes marquées par des productions, événements désormais entrés dans la légende, ce Mahabharata créé par Peter Brook, ce Soulier de Satin intégral propulsé par Antoine Vitez jusqu’à l’aube dans la cour d’honneur du Palais des Papes, ou encore ce Hamlet réinventé par Patrice Chéreau pour Gérard Desarthe.

D’autres temps de compagnonnage auprès de Jack Lang à Nancy ou de Patrice Chéreau à Nanterre, lui firent essaimer les talents rayonnants de personnalités comme Pina Bausch, Merce Cunningham, Tadeusz Kantor, Valère Novarina, Klaus Michaël Grüber, Luc Bondy, Bob Wilson, Luciano Berio, Guy Cassiers ou les Belges du TG Stan. Les musiques, les théâtres, les ballets d’aujourd’hui et surtout de demain étaient sa bible laïque, aucune forme, aucune voix ne lui étaient étrangères. Le grand air du catalogue ne suffirait pas à en épuiser la liste.

Crombecque, le taiseux qu’on pouvait interviewer sans parler, simplement par connivence, fut la courroie de transmission de la vie artistique en France durant ces quarante dernières années. Ses taches de rousseur, ses frisettes à peine grisonnantes par dessus son large front, sa fidélité en amitié, son insatiable curiosité vont terriblement manquer. C’est un passeur qui vient de nous quitter et avec lui une page essentielle se tourne.

Vendredi 16 octobre à 14h30 ses proches et ses amis pourront lui rendre un ultime hommage en l’église de Saint Germain-des-Prés à Paris.


crédits photo : Festival d’Avignon

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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