jusqu’au 14 décembre

La dernière neige de Hubert Mingarelli

Les adieux du directeur

La dernière neige de Hubert Mingarelli

Didier Bezace quitte le théâtre de la Commune, après quinze ans de bons et originaux services, puisque le Centre dramatique national d’Aubervilliers a pris avec lui une nouvelle personnalité, faite d’élégance et de risques aux frontières du théâtre et de la littérature. L’histoire et le bilan restent à faire (il y a déjà un très bel album, qui permet aux images de tous spectacles de ne pas s’effacer complètement). Mais voilà le dernier chapitre, avant que Marie-José Malis ne prenne à son tour la direction de la salle créée par Gabriel Garran. Bezace ouvre in extremis la petite salle (bien plus près du métro Quatre-Chemins ! ), dont est désormais équipé le théâtre, et fait à ses spectateurs un cadeau très personnel : un spectacle dont il est le seul interprète et qui semble s’adresser plus aux fidèles, aux habitués de la Commune selon Bezace, qu’au public généraliste. Cette Dernière Neige est un moment qui demande une écoute très attentive et le sens d’une écriture plus silencieuse que riche en mots.

Hubert Mingarelli n’est pas un auteur de théâtre mais un romancier discret, malgré un prix Médicis en 2003. Le texte que dit et joue Bezace le plus souvent assis sur un banc d’écolier est un récit d’enfance. Un jeune garçon rêve d’acquérir un oiseau, un milan, qu’il voit régulièrement, encagé, dans la vitrine d’un bric-à-brac. Cet oiseau lui plaît et pourrait enchanter son père qui est malade et auquel il tient constamment compagnie. Mais il n’a pas l’argent nécessaire. Aussi accepte-t-il quelques petits boulots, mais avec réticence, car ces taches ont toutes à voir avec la mort d’animaux. Pour la vie d’un oiseau il est prêt à tuer. Pour repousser la mort de son père, il ne veut pas voir réellement ce qui est mortifère…

Le livre ne parle pas de la neige par hasard. Il est d’une structure neigeuse. Il étouffe les bruits, gomme les tracés, laisse invisible ce qu’un autre auteur aurait rendu visible. En équilibre entre le temps de l’enfance et le temps du souvenir, Didier Bezace caresse les phrases, les met en plein éclat ou les assourdit. Cet homme qui raconte s’exprime dans la douceur, pour ne pas voir la cruauté qui rôde et qui se mêle sans cesse à l’innocence. Il prend même un pinceau pour peindre, comme un écolier, ce à quoi il pense. L’acteur-metteur en scène lui donne une vérité faussement tranquille, tandis que les ailes du milan, à la fin, dessine leurs ombres mouvantes sur le sol. Pour son dernier acte à Aubervilliers (avant d’aller présenter des pièces de Marguerite Duras au théâtre de l’Atelier, en février), Didier Bezace livre avec pudeur son goût pour le troublant, le profond, le secret. Et fait un ultime spectacle troublant, profond et secret.

La Dernière Neige d’Hubert Mingarelli – roman paru au Seuil, collection « Points » - , adaptation, mise en scène et interprétation de Didier Bezace, collaboration artistique de Laurent Caillon, scénographie de Jean Haas, lumières de David Pasquier, costumes de Cidala da Costa, son de Géraldine Dudouet, vidéo d’Olivier Roset.

Théâtre de la Commune, salle des Quatre Chemins, tél. : 01 48 33 16 16, jusqu’au 14 décembre. (Durée : 1 h 05). Le livre « D’une noce à l’autre – Un metteur en scène en banlieue » par Didier Bezace est publié par Les Solitaires intempestifs, 208 pages, 23 euros).

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter...

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