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Critiques / Théâtre

La conférence des objets de Christine Montalbetti

par Dominique Darzacq

Quand les objets ont des choses à nous dire

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Un beau soir vous rentrez chez vous et vous constatez que le vase qui était sur la console de l’entrée depuis des lustres, gît à terre en mille morceaux. Vous vous étonnez, vous vous demandez pourquoi ? Ne cherchez pas. Il a eu un coup de blues. Sans doute en a-t-il eu assez d’être laissé là, toujours à la même place, de ne jamais changer d’horizon, de toujours subir, soit son inutilité, soit les gratouillis des tiges des fleurs. Peut-être aussi était-il vexé de la manière désinvolte avec laquelle vous le traitiez. Alors plouf !....Votre regret de sa perte aura été sa manière de se venger de votre indifférence.
« Objets inanimés avez-vous donc une âme ? » Comme en réponse à l’interrogation du poète, Christine Montalbetti, écrivaine d’encre vive et précise, leur prête vie et les dote de la parole. Pour elle, à qui on doit notamment La Vie est faite de ces petites choses (2016), tous les objets du quotidien si on veut bien y prendre garde en les manipulant sont autant d’affirmation de notre présence au monde. Pour nous rendre sensible « l’enthousiasmante matérialité du monde », Christine Montalbetti qui signe aussi la mise en scène, organise dans un appartement très cosy avec aperçu sur le coin cuisine (décors Eric Ruff), la réunion secrète d’objets.


Il y a là : Le Pèle-pommes (Hervé Pierre), la Boîte à couture (Claude Mathieu), Le Parapluie (Pierre Louis-Calixte), L’œil de tigre (Bakary Sangaré), la Lampe (Anna Cervinka) qui, profitant de l’absence de leur propriétaire, ont décidé de prendre la parole, de nous faire confidence de leur état et condition d’existence et pour ce faire ont dû « dans le grand stock des mots choisir les bons, les plus ajustés », ce qui ne va pas de soi comme le souligne en guise d’avertissement le Pèle-pommes tout à la fois porte-parole de l’auteur et de ses camarades chiffonnés, comme lui, du peu de reconnaissance que nous témoignons aux objets qui nous entourent et que nous manipulons sans y prendre garde. Ils vont en profiter pour nous éclairer sur leurs revendications, désirs, ambitions, voire leurs doutes.
On peut, tel le Pèle-pommes, être fier de son corps en fonte d’aluminium et de sa manivelle en bois et néanmoins s’interroger avec un rien d’angoisse sur sa réelle utilité alors qu’un simple couteau fait l’affaire. De son côté, la Boîte à couture, qui n’en finit pas de faire l’inventaire de ce qu’elle contient, rêverait d’être une boîte de peinture tandis que le Parapluie, lui, aurait voulu par-dessus tout être un cerf-volant pour surfer sur les courants du vent. Elle est vraiment craquante cette Lampe avec son abat-jour rouge tricoté main, rêvant de grèves, d’émeutes, de rébellions tout en détestant les conflits et qui dans l’attente du soir, dans l’attente d’être enfin utile, se désole de ne pouvoir engendrer une petite lampe. Les objets ne vous regardent pas vivre impunément !

Les comédiens qui s’emparent avec autant de subtilité que d’évidente jubilation d’une partition taillée à leur exacte mesure, ne cherchent pas à incarner l’objet qu’ils représentent, ils en sont les fabuleux porte-paroles donnant ainsi vie à des héros d’un conte tout habillé de fantaisie et de légèreté et cependant profond, tant il est vrai que les revendications, rêves, contradictions, frustrations dont nous font part ces objets-là sont le miroir des nôtres.
De l’intelligence du décor aux costumes finement allusifs en passant par le raffinement du jeu des lumières ( Catherine Verheyde) dont certains évoquent les ombres fuyantes des veilleuses que les enfants réclament quand ils ont peur que dans le noir s’agitent leur joujoux , tout concourt à faire de cette « Conférence des objets » une fête de l’intelligence en même temps qu’un véritable plaisir de théâtre à inscrire sur l’agenda des fêtes de fin d’année.

La Conférence des objets, texte, mise en scène et costumes, Christine Montalbetti. Avec Claude Mathieu, Hervé Pierre, Bakary Sangaré, Pierre Louis-Calixte, Anna Cervinka (durée 1h)

Studio-Théâtre de la Comédie – Française 18h30 jusqu’au 5 janvier (relâche lundi et mardi) tel 01 44 58 15 15 www.comedie-francaise.fr ( 15 et 25€)

Le texte de la pièce est publié aux éditions P.O.L

Photos © Vincent Pontet, coll. Comédie-Française

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