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Critiques / Théâtre

La bonne Âme de Se-Tchouan de Bertolt Brecht

par Marie-Laure Atinault

Les élèves du bon maître de Lille nous épatent !!

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Trois dieux descendent sur terre, pour se rendre compte du bien fondé des plaintes des hommes. L’un est sceptique, un autre est confiant. Le premier humain qu’ils rencontrent est Wang, le porteur d’eau, qui se désespérait de la pauvreté qui règne dans sa ville. Les Dieux lui demandent un asile pour la nuit mais Wang ne peut pas les loger. Il rassure les Dieux en leur disant que dans son quartier ils seront plusieurs à vouloir les accueillir ! Le porteur est un brave homme mais peu psychologue, ni pauvre, ni riche pour abriter ces trois célestes voyageurs. Vont-ils trouver un abri pour la nuit ? La seule à écouter est Shen Té, une jeune femme poussée par nécessité à vendre ses charmes. Au matin, les Dieux partent en laissant une belle somme d’argent. Elle achète un petit débit de tabac. Bientôt, elle est la proie de parasites en tous genres. La jeune femme est une bonne âme, elle est compatissante, mais elle comprend que si elle continue ainsi elle retournera à la misère. Shui Ta, un cousin providentiel et inflexible viendra, de temps en temps, mettre au pas les créanciers, les solliciteurs prêts à dépouiller la pauvre Shen Té.

Bertolt Brecht était avant tout un poète et aimait se définir ainsi. Il choisissait un mot qui donnait sa couleur à l’un de ses personnages. Les détracteurs aiment à définir l’œuvre de Brecht comme étant sombre, noire et politique. Quelques mises en scène hasardeuses et partisanes ont parfois détournées l’œuvre. La bonne Âme de Se-Tchouan est une fable, un conte à mettre dans le même registre que Le cercle de craie caucasien et Maître Puntilla et son valet Matti. La parabole distanciée de la bonne âme est fondée sur l’alternance du bien et du mal. Le bon cœur de Shen Té opposé au cynisme de son cousin, l’aviateur sans avion est loin des schémas de l’homme idéal, Shu Fu le barbier amoureux de Shen Té, le menuisier, tous ces personnages ont tous des niveaux de lecture différents, ils ne sont pas primaires, ils répondent à une logique qui est proche de celle des contes de Fées. Il était une fois en Chine à Se-Tchouan, des Dieux qui descendirent sur la terre...

Stuart Seide a choisit cette belle pièce avec plus de trente personnages pour la troisième promotion de l’EpsAd, Ecole professionnelle supérieure d’Art dramatique du Nord Pas-de-Calais. Les quinze jeunes comédiens jouent tous plusieurs rôles. Les sept comédiennes joueront toutes l’une des scènes de Shen Té. Idée lumineuse, qui n’a rien de consensuelle, mais qui éclaire ce joli personnage. D’ailleurs Bertolt Brecht offre à Shen Té le moyen de se défendre lorsqu’elle invente son cousin Shui Ta, ici le dédoublement de personnalité se multiplie par sept (nombre magique par excellence). La Shen Té de la brune Clémence Azincourt (l’une de nos préférées) à la voix envoûtante, devient soumise au malheur sous les traits d’Ariane Heuzé. Pas d’uniforme de reconnaissance pour Shen Té, une simple jupe rouge et nous savons que nous avons sous les yeux notre bonne âme. Sur le plateau nu des portemanteaux chargés des costumes du Théâtre du Nord, pour définir les lieux entre autre la boutique de Shen Té, une palette mobile, la magie du théâtre opère puisque nous savons toujours immédiatement où nous sommes. La promotion est des plus talentueuses, Clémence Azincourt, Maxime Guyon qui interprète Wang ou Anthony Diaz sont des figures que l’on retient par ce petit plus qui attrape la lumière, mais croyez le les quinze comédiens qui nous font voyager jusqu’en Chine sont à suivre. Stuart Seide réalise une mise en scène inspirée, intelligente et futée, il rend son humour à Bertolt Brecht, et insuffle à ces jeunes comédiens le goût du texte. Jusqu’à la dernière scène où les Dieux repartent vers les cieux, Stuart Seide nous réserve une surprise dont la parabole aurait réjouit Bertolt Brecht, entre la philosophie, la poésie et la politique.

A signaler également le prix des places est vraiment attractif, il serait dommage de rater cet excellent spectacle et de ne pas découvrir ces jeunes comédiens.

La bonne Âme de Se-Tchouan,de Bertolt Brecht, mise en scène de Stuart Seide.

Création du 22 au 28 juin 2012 au Théâtre du Nord.
Les 4 et 5 juillet à 21 h au Théâtre Paris-Villette 01 40 03 72 23.
Prix des places 6 et 10 euros.

Photo de Frédéric Iovino.

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