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Critiques / Opéra & Classique

La Walkyrie de Richard Wagner

par Caroline Alexander

A écouter les yeux fermés

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La tradition des « broncas » qui saluaient, dans un réflexe devenu quasi automatique, les mises en scène des productions programmées par Gérard Mortier, a repris force et tapage à l’issue de la première représentation de la nouvelle Walkyrie affichée par Nicolas Joël l’actuel directeur de l’Opéra National de Paris. Seule la mise en scène (Günter Krämer), les décors et costumés (Jürgen Bäckmann, Falk Bauer), étaient visés par la houle des huées tandis que l’ensemble musical, chanteurs et direction d’orchestre se trouvaient à juste titre, ovationnés.

Après l’Or du Rhin en mars dernier (voir webthea du 8 mars 2010), le jeune Philippe Jordan qui l’avait dirigé dans une sorte de retenue a vraiment pris son envol et atteint les cimes wagnériennes de la première et la plus populaire journée du Ring, une musique de rage et d’orages où s’infiltrent des paysages intimes. Toutes ces couleurs, ces contrastes, ces exaspérations parfois, Jordan les a apprivoisés dans son langage propre qui est celui des nuances où les pastels poétiques prennent souvent le pas sur le fracas. Cuivres en tempêtes – un peu hésitants dans le premier acte – cordes caressantes, bois célestes, et l’énergie en prime : Le bonheur était dans la fosse. Le solo de la clarinette basse à l’acte deux constitua un moment de grâce.

Bonheur presque parfait des voix : réunis dans La Ville Morte de Korngold en octobre 2009 (voir webthea du 19 octobre 2009), le ténor américain Robert Dean Smith et la soprano allemande Ricarda Merbeth se sont retrouvés dans les amours incestueuses de Sieglinde et Sigmund. Le premier confirme qu’il est bien un authentique heldentenor au timbre franc et aux aigus de funambule (ses « Wälse » furent à couper le souffle), la seconde qu’elle a de la vaillance et du mordant. Ensemble, rejoint par l’excellent Hunding de la basse autrichienne Günther Groissböck, ils réussissent à déjouer l’absurdité et la laideur d’un décor abscons, où toute intimité, élément essentiel, a disparu et où, entre autres dérapages, on assiste au lynchage d’un groupe d’individus (des immigrés ?) par une soldatesque en treillis et képis vert de gris et où Notung le glaive tant convoité n’est plus fiché dans un frêne mais dans un tableau à double fond !

Cette manie des actualisations politico-sociales est devenue un tic irrépressible – particulièrement chez les metteurs en scène/régisseurs d’outre Rhin - où le n’importe quoi est devenu la signature de la nouveauté. Qu’importe le sens de ce qui est montré, du moment que c’est tout neuf et bien musclé !

Talent et musicalité dominent le magma visuel

Ainsi l’acte deux reprend l’appellation GERMANIA en lettres de lego géant, déjà annoncée dans l’Or du Rhin. Miroirs géants renvoyant les images et les mouvements en 3D, costumes et pans de décors déclinés en rouge, noir et blanc (les couleurs du drapeau allemand !) : Wotan en smoking noir, Fricka trimballant une invraisemblable crinoline rouge sang, Brünnhilde en blouse blanche (d’infirmière ? d’ouvrière ?) sur pantalon de pyjama tirebouchonné et godasses informes. Et ses sœurs jonglant avec quelques kilos de pommes étalées sur les tables et le sol…. C’est dire s’il faut du talent et de la musicalité aux uns et aux autres pour dominer ce magma visuel. Ils y arrivent ! Falk Struckmann dont le Wotan avait déçu dans le prologue, souffrant le soir de la première fut remplacé par le jeune baryton allemand Thomas Johannes Mayer. Une belle découverte ! Allure noble, présence intense, diction impeccable et voix sans grande puissance mais chaleureuse et riche de couleurs. Yvonne Naef, déguisée en méchante reine de carnaval n’a pas une voix exceptionnelle mais sa Fricka rend crédible la force et l’opiniâtreté de l’épouse revancharde. La Suédoise Katarina Dalayman fait oublier son costume et sa coiffure année 40 : elle chante avec une superbe maîtrise poussant au plus haut le timbre rond de sa voix de mezzo et joue avec une vraie conviction son héroïne, fille rebelle du dieu du Walhalla.

Mais au rayon des absurdités, le troisième acte apporte un couronnement hors série : les walkyries, sœurs de Brünnhilde, ne chevauchent plus leurs destriers fougueux, elles les chantent plantées devant les tables d’une morgue où elles savonnent et astiquent joyeusement leurs héros morts, des figurants nus badigeonnés de sang, et les remettent en marche comme des automates. Oups ! N’en jetez plus !

Reste le miracle de cette musique hypnotique qui résiste à tout, de ses interprètes qui la servent et souvent la magnifient. Ainsi les adieux de Wotan à Brünnhilde, point d’orgue d’émotion et de beauté qui atteignent une fois de plus font chavirer les cœurs…

La Walkyrie de Richard Wagner, orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Philippe Jordan, mise en scène Günter Krämer, décors Jürgen Bäckmann, costumes Falk Bauer, lumières Diego Leetz, chorégraphie Otto Pichler. Avec Robert Dean Smith, Günther Groissböck, Thomas Johannes Mayer (en alternance avec Falk Struckmann), Ricarda Merbeth, Katarina Dalayman, Yvonne Naef, Marjorie Owens, Gertrud Wittinger, Silvia Hablowetz, Wiebke Lehmkuhl, Barbara Morihien, Hélène Ranada, Nicole Piccolomini, Atala Schöck.

Opéra Bastille, les 31 mai, 5, 9, 16, 23, 26, 29 juin à 18h, les 13 & 20 juin à 14h.

Réservation/Information : 08 92 89 90 90 ou +33 1 72 29 35 35 www.operadeparis.fr

© Opéra national de Paris/ Elisa Haberer

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