Accueil > La Khovantchina de Modeste Moussorgski

Critiques / Opéra & Classique

La Khovantchina de Modeste Moussorgski

par Caroline Alexander

Reprise d’un luxueux livre d’images

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

La production a douze ans d’âge et se porte plutôt bien. En décembre 2001, Hugues Gall, alors patron de l’Opéra National de Paris, faisait entrer au répertoire maison cette œuvre peu jouée dont Modeste Moussorgski mort trop jeune n’avait pas eu le temps d’achever l’orchestration.

Il voulait consacrer à sa Russie une trilogie qui en traverserait l’histoire. Boris Godounov en fut le premier chapitre et devint son œuvre de référence. Le dernier ne fut jamais entamé. Et la Khovantchina dut se plier aux arrangements de Rimski-Korsakov puis de Chostakovitch pour connaître les feux de la scène. Chostakovitch fut le plus fidèle aux intentions originales du compositeur C’est sa version qui est, comme ici, le plus souvent jouée.

Alors que l’épopée de Boris Godounov tourne autour du destin d’un seul personnage, La Khovantchina retrace celui d’une nation, la Russie, ses convulsions politiques et religieuses. La Khovantchina n’est pas le nom d’un personnage mais celui d’un putsch ourdi par un prince dictateur, chef de milice du nom d’Ivan Khovanski qui œuvre au service du tsar. Nous sommes en 1682, le tsar Pierre 1er âgé de dix ans charge Khovanski d’instaurer une nouvelle orthodoxie religieuse à l’aide de son armée d’archers, les Streltsy, et c’est la lutte à mort avec les Vieux-Croyants conduits par leur chef spirituel Dosifei. Féodalité contre modernité. Guerres des fanatismes. Avec aussi, en filigrane, des guerres de cœur, leurs trahisons, leurs souffrances sans autre issue que la mort.

C’était hier, c’est aujourd’hui. On imagine les actualisations que pourraient prendre certains metteurs en scène se servant en toile de fond de l’Afghanistan et de l’islam radical. L’homme de théâtre roumain Andrei Serban, souvent iconoclaste, évite ici tout détour hasardeux, il raconte la Russie d’autrefois, l’illustre à la manière d’un luxueux livre d’images dans les décors monumentaux, les costumes éclatants de couleurs de Richard Hudson dans les lumières spectrales d’Yves Bernard. Le Kremlin et Saint Basile, les bulbes d’or des églises, les hauts murs de pierre en perspective, les champs de bataille, les fumées blêmes de buchers, autant d’images d’une Russie d’encyclopédie avec son peuple en guenilles, ses seigneurs en brocarts, ses uniformes clinquants et ses oriflammes…

Le peuple en première ligne

Le peuple est en première ligne. Il est au centre de l’œuvre, son axe et son moteur. C’est dire l’importance des chœurs auxquels Moussorgski apporte une fabuleuse richesse de sonorités, en révoltes, douleurs et mortifications. Le chœur de l’Opéra de Paris s’y plonge avec une sorte de ferveur. Magnifiques de densité. Les voix des solistes ont des parfums de steppes. Ils sont pratiquement tous du cru, du Bolchoï de Moscou, du Mariinsky de Saint Petersburg ou de la Bulgarie voisine. Deux d’entre eux étaient déjà aux manettes en 2001 : Vladimir Galouzine qui est resté un peu pâle, un peu brouillon en prince Andrei et la mezzo Larissa Diadkova toujours bouleversante en Marfa, mère courage de l’amour bafoué. Gleb Nikolsky campe un Ivan à la stature de chef, les graves de la basse Orlin Anastassov font flamber la foi de Dosifei.

Sous la baguette un peu molle de Michael Jurowski, père des chefs doués Dmitri et Vladimir, l’orchestre sert Moussorgski avec conscience mais sans flamme.

La Khovantchina de Modeste Moussorgski, livret du compositeur et de Vladimir Stassov , orchestration Dimitri Chostakovitch, orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Michail Jurowski, chef de chœur Alessandro di Stefano, mise en scène Andrei Serban, décors et costumes Richard Hudson, lumières Yves Bernard, chorégraphie Laurence Fanon. Avec Gleb Nikolsky, Vladimir Galouzine, Vsevolod Grivnov, Sergey Murzaev, Orlin Anastassov, Larissa Diadkova, Marina Lapina, Vadim Zaplechny, Natalya Tymchenko, Yuri Kissin, Vasily Efinov, Vladimir Kapshuk, Igor Gnidii, Maxim Mikhailov, Se-Jin Hwang.

Opéra de Paris – Bastille, les 22, 25, 28, 31 janvier, 3, 6, 9 février à 19h, le 3 février à 14h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.