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Critiques / Théâtre

La Journée de la jupe de Jean-Paui Lilienfeld

par Gilles Costaz

Huis clos armé dans une école de la République

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Le film La Journée de la jupe, sur Arte, c’était il y a dix ans. La réalisation de Jean-Paul Lilienfeld eut un grand retentissement, non seulement parce qu’Isabelle Adjani en tenait le rôle principal mais parce que le thème social abordé était brûlant ; on y voyait, représentées sans détours, ces écoles des quartiers dits sensibles où une partie des élèves n’ont que faire de l’instruction et se comportent de manière désinvolte ou violente à l’égard des enseignants. Pouvait-on en tirer une pièce ? Plusieurs fois sollicité, Lilienfeld a fini par répondre favorablement au metteur en scène Frédéric Fage et a écrit lui-même la version dramatique, qui vient d’être créée au Balcon, à Avignon. L’action est, évidemment, plus à huis clos que dans le film : dans une salle de collège, une jeune professeure commence son cours. Les élèves lui disent qu’ils n’ont que faire de ce qu’elle dit. Elle insiste, s’énerve, bouscule un sac d’où tombe un revolver. Elle prend le revolver et, dans un accès de déraison, tire sur l’un des élèves qui, légèrement blessé, tombe à terre. Au lieu de calmer le jeu, elle continue son attitude menaçante, enfiévrée par le plaisir de prendre le dessus sur des élèves qui l’humilient depuis longtemps. Dans sa tête, elle a la situation en main. Mais elle est en réalité attaquée sur deux fronts : les élèves qui, affolés, n’ont pas des réactions identiques mais font face, et la brigade d’intervention du Raid, qui a tôt fait de cerner l’établissement et a placé à la porte de la classe un délégué, chargé de négocier…
Le tableau brossé par Lilienfeld est-il exact, exagéré, en-dessous de la vérité ? Certaines écoles de la République sont-elles aussi impuissantes face aux distorsions sociales ? A chacun de juger. Mais, avec sa part de fiction et au fil d’une progression très habile, il pose de grandes questions, suscite un débat passionnant. Dans sa mise en scène Frédéric Fage a fort bien résolu le problème de l’intérieur et de l’extérieur. La scène est une salle de classe, mais, par la présence d’un acteur judicieusement placé hors du quadrilatère et l’intervention de la vidéo, l’on est à la fois dans l’enfermement et dans la vie du dehors. Fage ensuite dessine avec sûreté les courbes de tension, d’explosion et d’immobilisation. Avec un art très personnel, Gaëlle Billaut-Danno interprète le professeur dans une sorte d’éclat sombre, de force striée par la fragilité, associant tous les contraires – l’audace et la peur, la raison et l’égarement mental. Les acteurs qui l’entourent, Amélia Ewu, Sylvia Gnahoua, Abdulah Sissoko, Hugo Benhamou-Pépin et Lancelot Chérer, dans ces rôles délicats de fauteurs de troubles banlieusards, ont chacun une personnalité, l’art d’être à la fois quotidien et singulier. Julien Jacob campe le représentant de la loi dans une parfaite sobriété. Auteur, metteur en scène et acteurs hissent un canevas de fait divers à la hauteur d’un fait de société.

La Journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld, mise en scène et scénographie de Frédéric Fage, lumières d’Olivier Oudiou, musique de Dayan Korolic, vidéo par la Cabane aux fées, avec Gaëlle Billaut-Danno, Julien Jacob, Abdulah Sissoko Abdulan, Hugo Benhamou-Pépin, Lancelot Chérer, Amélia Ewu, Sylvia Gnahoua.

Avignon Off : Le Balcon, 12 h 10, tél. : 04 90 85 00 80, jusqu’au 28 juillet. (Durée : 1 h 20).

Photo DR.

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