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Critiques / Jeune Public

La Fortune de Karagöz Théâtre d’ombres de Rûsen Yildiz

par Dominique Darzacq

Le plumage sans le ramage

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Il était une fois au XIVe siècle, un forgeron nommé Karagöz et un maçon du nom de Hadjivat qui furent pendus haut et court pour avoir retardé la construction d’une mosquée en racontant de truculentes histoires aux ouvriers du chantier. Mais comme leurs plaisanteries et leurs saillies faisaient également rire le sultan qui les avait fait condamner, celui-ci demanda à un de ses courtisans, savant et artiste, de trouver le moyen de les faire revivre. C’est ainsi, tout cousus de légende, que Karagöz, homme du peuple bourru et franc et son rusé et ingénieux compère Hadjivat, seraient devenus les inséparables héros du théâtre d’ombres turc, en même temps que les porte - paroles de toutes les contestations.
Né en Anatolie, Rûsen Yildiz, marionnettiste, auteur, plasticien, acteur, consacre l’essentiel de sa démarche artistique à l’exploration de l’univers de Karagôz. Sans le sortir du cadre ottoman qui l’a vu naître, il lui fait vivre quelques nouvelles aventures plus proches des réalités d’aujourd’hui.
A l’IVT (International Visual Théâtre), où le spectacle est, comme il se doit, traduit en langage des signes et en pantomime par des comédiens bilingues, Karagöz et son copain sont en situation précaire et à la recherche de petits boulots.
Au cours de leurs recherches plutôt infructueuses, ils rencontrent une vieille mendiante à qui ils refusent l’aumône. Pour se venger, la mendiante, qui est une magicienne, arrache la langue à l’un et les oreilles à l’autre. D’aventures en avatars, unis plus que jamais pour comprendre et se faire comprendre, ils finiront espions auprès du Grand Sultan et démasqueront le complot qui le menaçait. Devenus « Oreilles et Langue » du grand palais, ils refusent catégoriquement d’être défaits de leur maléfice, puisque grâce à leur sortilège, ils sont devenus riches et heureux.
Accompagné en direct par l’univers sonore de Pierre Blanchut, Karagöz à travers ses tribulations, nous parle du chômage, de la différence, des handicaps à surmonter, mais si son allure esthétique n’a rien perdu de sa vigueur et de son charme, se rapprochant de nous, il a perdu en route sa verve et sa belle truculence imaginative. Trop pris par ses rêves de steak frites noyés de ketchup et les gros bisous de la sultane destinés à étouffer son sultan de mari, Karagöz reste à ras d’un vocabulaire simpliste et semble avoir oublié que les mots sont aussi des fusées d’imaginaire. Dommage !
La fortune de Karagöz spectacle tout public à partir de 5 ans, de Rûsen Yildiz, jeu et manipulation François Guizérix, avec Levent Beskardes et Bachir Saïfi 1h
IVT (International Visual Théâtre) jusqu’au 23 décembre. Tel 01 53 16 18 18.

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