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Critiques / Théâtre

La Famille Ortiz de Jean-Philippe Daguerre

par Gilles Costaz

Parents et cadets de Gascogne

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Daguerre homme de plateau n’a pas eu tort de donner naissance à Daguerre auteur de théâtre. Adieu Monsieur Haffmann a été un succès fulgurant qui se joue toujours, à 19 h, tous les soirs, au théâtre Rive Gauche. Et la nouvelle pièce de Daguerre, La Famille Ortiz, est déjà là, rôdée dans le off d’Avignon et saisie à point, au Rive Gauche toujours. Cela se passe dans une ville du Sud-Ouest, là où on est familier avec la corrida. Les Ortiz sont des gens heureux. Le père s’habille en torero, la mère vit dans une passion enchantée, les trois fils jouent à la corrida et à la vie. Olé ! Tout va bien ! Même lors des plus innocentes parties de cannes à pêche. Et, pourtant, quelque chose, un jour, ne va plus. Une faille dans la perfection enjouée. Alors on cache et l’on ignore ce manquement jusqu’à ce que le taffetas du silence soit enfin déchiré. Tout cela est dit en flash-back à travers le récit d’un des fils et de son épouse, mais si habilement construit que l’on est, sans effort, en même temps dans le présent et le passé.
Jean-Philippe Daguerre change là de thème et de style. On n’est plus dans le tableau historique et dans la pénombre d’un passé trouble. Bien qu’il y ait un secret longtemps caché, l’atmosphère est ici solaire et le jeu franc comme le bon pain. Les scènes bondissent et rebondissent comme des jeux d’enfants, avant que le mystère entretenu soit totalement éclairci. Dans ce parti pris chaleureux et haut en couleur, quatre comédiens dominent la soirée : Stéphane Dauch qui conte, joue et même chante l’histoire avec une belle autorité sensible, Charlotte Matzneff qui assure également, avec grâce, une double présence de récitante et de joueuse, Isabelle de Botton qui sait ne pas s’enfermer dans le registre comique et insuffler une pleine humanité à son rôle traversé de fantaisie, Bernard Malaka qui est l’un des plus grands acteurs français et qui, vêtu de l’habit or et rose des toréros, parvient à être à la fois dans la drôlerie parodique et la souffrance intérieure. Kamel Isker et Antoine Guiraud interprètent les frères dans un juste entrain voilé d’émotion. Dans un dynamisme à deux étages (le visible et l’invisible), cette belle troupe et Jean-Philippe Daguerre distillent un plaisir chahuteur à teneur gasconne (il y a quelque chose de Cyrano !) et, dans la fine épaisseur du tableau, donnent à méditer sur le manquement, le moment où l’être humain n’est soudain plus à la hauteur de lui-même.

La Famille Ortiz, une pièce écrite et mise en scène par Jean-Philippe Daguerre
Avec Bernard Malaka, Isabelle de Botton, Stéphane Dauch, Antoine Guiraud, Kamel Isker, Charlotte Matzneff. Assistant à la mise en scène Hervé Haine
Décors Juliette Azzopardi, costumes Virginie H, musiques et bande-son Hervé Haine, lumières Aurélien Amsellem, chorégraphie :Florentine Houdinière

Théâtre Rive Gauche, 21 h, tél. : 01 43 35 32 31.

Photo Fabienne Rappeneau.

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