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Critiques / Théâtre

La Dernière Bande de Samuel Beckett

par Gilles Costaz

L’homme face au magnéto

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Ah ! La Dernière Bande de Beckett, pas facile à faire passer ! Que de représentations fort ennuyeuses quand l’acteur ne parvient pas à investir l’apparente inertie de l’action ! De mémoire de spectateur, nous ne gardons comme admirables que les interprétations lointaines d’Etienne Bierry et David Warrilow et celle toute récente de Robert Wilson. Mornes étaient les autres, du moins, bien entendu, celles que nous avons vues. En ce début de saison, deux versions de la pièce sont à l’affiche : celle que joue Serge Merlin à l’Œuvre dans une mise en scène d’Alain Françon et dont webthea rendra compte par ailleurs et celle que propose Jean Pétrement à l’Essaïon. Ce spectacle est une nouveauté à Paris mais il s’est beaucoup donné à Besançon, où exerce la compagnie Bacchus de Pétrement et Maria Vendola, et ailleurs. Il n’est pas vert, il a son âcreté d’alcool mûr.

On connaît la situation à travers laquelle Beckett attrape une fois de plus l’espèce humaine dans sa pensée minimale et son espérance résistant aux preuves accumulées de notre inanité. Un homme, Krapp, prend un vieux magnétophone et écoute ce qu’il a enregistré au cours de sa vie : c’est un journal intime sonore. Il a confié des choses très banales : des descriptions sans éclat, des émotions amoureuses déjà comme effacées au moment où il les exprimait. Il entend sa voix et son passé. Tout lui est devenu opaque, étranger, sans raison.

La mise en scène de Jean-Jacques Chep rompt avec l’immobilité de rigueur. Pendant dix minutes, Krapp, tourne en rond, va, vient, gesticule, fait du bruit, déplace des piles de boîtes métalliques. Puis le face à face avec le magnétoscope a lieu. Etonnamment grimé, Jean Pétrement porte avec lui tout un monde romanesque, fantastique même, qu’amplifie le contexte quasi moyenâgeux de l’Essaïon. Sur ce visage plissé par le temps, plus d’émotion, rien que de la stupeur. La voix qui sort de la bande est limpide : Chep n’a pas pris le parti habituel d’un brouillage partiel des mots anciens, ni d’un dérisoire combat avec la technique d’un appareil démodé. C’est plutôt l’inverse : la parole enregistrée est lumineuse, l’attitude de l’homme est obscure. Une telle interprétation ne nous rapproche pas de Krapp mais fascine par la puissance du jeu de Pétrement et l’étrangeté du mystère auquel nous sommes conviés.

La Dernière Bande de Samuel Beckett, mise en scène de Jean-Jacques Chep, son de Maria Vendola, décor et lumières de la compagnie Bacchus, avec Jean Pétrement. Essaïon, les lundi et mardi, 21 h 30, j©usqu’au 11 décembre. (Durée : 55 minutes).

© Danica Bijeljac

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