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Critiques / Opéra & Classique

La Damnation de Faust d’Hector Berlioz

par Caroline Alexander

Berlioz sous le signe de la solution finale. Un coup de maître signé Terry Gilliam

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Aviel Cahn, le directeur de l’Opéra de Flandre – Vlaamse Opera –a placé la programmation de sa saison 2012-2013 sous le signe de la foi. Haendel, Mozart, Verdi, Wagner et même Bernstein passeront par les sentiers de la spiritualité. Le coup d’envoi vient d’être donné par Berlioz et sa Damnation de Faust, cette « légende dramatique » inspirée du chef d’œuvre de Goethe et réputée injouable. Même les versions de concert sont semées de chausse-trappes et de longueurs. Berlioz (1803-1869) travailla pendant 26 ans sur la traduction (fort convenue) de Gérard de Nerval.

Sa création en 1846 à l’Opéra Comique fut un échec cuisant. L’œuvre prend son envol huit ans après la mort de son compositeur. Et garde jalousement toutes ses complexités. Contrairement au Faust de Gounod, celui-ci n’offre pas de suivi dans l’intrigue, les thèmes sont éclatés en ballets, en interludes, les fragments s’emboîtent comme les pièces d’un puzzle.

Le pari était donc risqué. Il a été gagné haut la main par l’exceptionnelle réussite d’une mise en scène réputée impossible par l’un des architectes des Monty Python : Terry Gilliam, 72 ans, homme de tous les talents, acteur, dessinateur, scénariste, réalisateur, fondateur avec John Cleese and co, des mythiques Monty Python, a réussi un coup de maître. Un spectacle éblouissant, beau à couper le souffle, complètement décalé mais sans provocation et, à tout instant, au plus près de la musique. Créé il y a un an à Londres en coproduction avec l’English National Opera (ENO), ce Faust, damné et sauvé, fera date. Seul le Canadien Robert Lepage avait réussi à dompter ce Berlioz avec une mise en scène stylisée, intemporelle qui voyagea de 1999 à 2010, de Tokyo à New York en passant par Paris où José Van Dam incarnait le diable.

Terry Gilliam opte pour le réel. Un réel traversé par les prodigalités de son imaginaire. Sa Damnation traverse l’histoire de l’Allemagne depuis les romantismes de son19ème siècle jusqu’à la barbarie de son Troisième Reich.

Aucun rapport avec Berlioz, c’est vrai, mais l’interprétation est si étroitement liée à sa musique qu’elle en devient légitime. Gilliam pêche dans les eaux de la peinture : paysages de rêveries à la Caspar David Friedrich, personnages parodiques façon Otto Dix, décors aux lignes de Georg Grosz. Il pratique avec brio l’art du collage, avec des images en direct et d’autres empruntées au cinéma comme les extraits des Jeux Olympiques de 1936 filmés par Leni Riefenstahl. Sans oublier la fantaisie et le fantasque : le galop des chasseurs sur leurs chevaux de bois sans corps font un clin d’œil à la quête cinématographique du Saint Graal des Monty Python. En surimpression, si on peut dire, l’homme de Vitruve, détenteur du nombre d’or de Leonard de Vinci, ouvre le bal et le referme... la tête en bas.

L’Allemagne donc, patrie de Goethe, de l’humiliation d’une guerre perdue en 14-18 à la revanche orchestrée par un petit homme dont on devine la silhouette sur un rocher prémonitoire. Marguerite est juive et la chasse aux juifs bat son plein. Elle sera emprisonnée, déportée. Faust finira cloué sur une croix gammée tandis que Méphisto joue les Fregoli, se transformant au gré des besoins en prestidigitateur de music hall ou officier nazi.

Dimitri Jurowski fait faire avec brio des montagnes russes musicales à l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Flandres, de la Marche Hongroise à la ballade du roi de Thulé, sa direction respire l’énergie du feu. Avec sa perruque rousse coiffée à la Riquet à la Houppe, le magnifique ténor américain Michael Spyres fait de Faust un innocent ballotté par les manipulations de son mentor, ce Méphisto-Satan auquel Michele Pertusi, grande basse italienne, apporte un magnétisme communicatif. Maria Ricarda Wesseling, mezzo soprano au son velouté, est une touchante Marguerite dépassée par les événements qui la conduisent au martyre.

A Gand, première étape de cette production, une ovation debout en a salué la performance. Anvers a bien de la chance de l’accueillir à partir du 3 octobre.

La Damnation de Faust d’Hector Berlioz, « légende dramatique » d’après le Faust I de Goethe dans la traduction de Gérard de Nerval. Orchestre symphonique, chœur et chœur d’enfants de l’Opéra de Flandre-Vlaamse Opera, direction Dimitri Jurowski, chef de chœur Yannis Pouspourikas. Mise en scène Terry Gilliam, décors Hildegard Bechtler, costumes Katrina Lindsay, lumières Peter Mumford, vidéo Finn Ross. Avec Michael Spyres, Michele Pertusi, Maria Ricarda Wesseling, Gevorg Grigoryan.

Opera de Flandre-Vlaamse Opera, à Gand du 16 au 23 septembre, à Anvers du 3 au 14 octobre.

+32 (0)70 22 02 02 – www.vlaamseopera.be

Photos : Annemie Augustijns

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