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Critiques / Théâtre

La Conférence des oiseaux d’Attar et Carrière

par Gilles Costaz

L’une des fêtes du Printemps des comédiens

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Avec son impressionnant programme (Lupa, Engel, Teste, Warlikowski, Caubère, Podalydès...), le Printemps des comédiens, dirigé à Montpellier par Jean Valéra, prouve aisément qu’il est l’un des grands festivals français. Le hasard du temps a fait que nous avons vu deux spectacles qui n’appartiennent pas au programme des affiches les plus fracassantes mais à des recherches différentes, orientées vers des surprises plus secrètes : Hâte de Laetitia Dosch et La Conférence des oiseaux par la Comédie de l’Est. Dans Hâte Laetitia Dosch a conçu et joue une rencontre assez folle : nue sur une scène de terre battue, elle joue une femme courtisant un cheval dans l’espoir que celui-ci lui fasse un enfant. Derrière la fable, il y a l’idée de l’autre et surtout du migrant. Evidemment, à la fin, il n’y aura pas d’enfant mais l’installation d’une douceur née de la révolte. L’actrice a du nerf, on dirait même du chien. Mais la mise en scène reste trop tranquille et le fait de donner la parole au cheval n’est pas réalisée de façon très heureuse : texte faible pour le cheval, voix de dessin animé peu inspirée. Le canasson assure l’attraction mais Laetitia Doesch, énergique femme tarzan du XXIe siècle, gagnerait sans doute à affronter seul ses thèmes et la scène.
La Conférence des oiseaux est, d’abord, un salut à Jean-Claude Carrière qui, en 1979, adapta pour Peter Brook ce texte écrit en 1177 par le Persan Fardi Uddin Attar et qui est le parrain du festival (l’une des salles porte d’ailleurs son nom). Mais c’est surtout une plongée de Guy-Pierre Couleau dans un univers métaphorique qui fait le point entre la vieille sagesse symboliste et les jeunes questionnements impétueux de notre temps. Couleau aime ces transfigurations poétiques, comme il l’a montré récemment et brillamment avec ses mises en scène du Songe d’une nuit d’été et de l’Amphitryon de Molière. Rien que des oiseaux en scène : las des guerres et des disputes, les principales espèces de volatiles partent à la recherche d’un roi qui devrait leur dispenser sa sagesse mais qui, farouchement solitaire, se cache dans une lontaine forêt. Leur voyage est long, pénible, mystérieux. A l’arrivée, la sagesse ne viendra pas par le canal espéré.
C’est du théatre masqué mais par vagues, par séquences, par épisodes. Très intelligemment Couleau n’a pas demandé à ses acteurs de porter tout le le temps leur effigie de huppe, de canard, de perroquet, de rossignol... Les comédiens relèvent et ôtent leurs beaux masques – créés par Kuno Schlegelmich – à volonté, quand l’humanité du personnage et la force du texte n’ont plus besoin de l’élégance de l’estampe mais doivent s’exprimer sans détour. Il y a ainsi tout un jeu d’illustration et de mise à nu, d’expression verbale et de création de sonorités multiples, d’attitudes animales et de comortements humains, donc de décalages et d’éclairages. Luc-Antoine Diquero, qui tient avec une douce autorité le rôle central de la Huppe, Carolina Pencheny, Emile Abossolo M’Bo, Jessica Vedel, Manon Allouch, Niels Öhlund, Nathalie Dulong, François Kergoulay, Shahrokh Moskhin Gallam et Cécile Fontaine apportent un éventail de nuances et de jeux personnels à cette turbulente enluminure chorégraphiée. Sous le charme des planches anciennes et colorées toiurnoient les folies des êtres vivants qui, à force de se tromper, empruntent la voie de la justesse. La mise en scène de Couleau allie finement les sentiments contradictoires du chaos et de l’harmonie.

Le Printemps des comédiens, Domaine d’O, Montpellier tél. : 04 67 63 66 67, jusqu’au 30 juin. La Conférence des oiseaux, spectacle de la Comédie de l’Est, sera en tournée la saison prochaine.

Photo Laurent Schneegans.

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