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La Chaise-Dieu, des lieux et des béatitudes

par Christian Wasselin

Un pèlerinage musical dans des pierres qui chantent.

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C’est en 1966 que Georges Cziffra a donné son baptême musical à l’abbatiale Saint-Robert. Depuis lors, le Festival de la Chaise-Dieu a pris les traits d’un vibrant pèlerinage et permet, chaque seconde moitié d’août, de jouir de l’éclatante beauté des pierres et des volcans de la région.

Car si l’abbatiale, magnifique construction du XIVe siècle idéalement destinée à la musique (par son volume, ses proportions et un mystère acoustique qui restera toujours inexpliqué), reste le centre et le principe du Festival de La Chaise-Dieu.

Le festival depuis quelques années donne des concerts ailleurs dans la région (à Brioude, à Chamalières, à Ambert, dans la petite et splendide collégiale Saint-Georges de Saint-Paulien et au Puy-en-Velay, où nous avons pu entendre le King’s Consort dans la belle église Saint-Pierre-des-Carmes), tout en s’équipant à La Chaise-Dieu même. Un ambitieux programme de restauration de l’abbaye tout entière a ainsi permis, en attendant notamment la restauration de la chapelle des Pénitents, l’inauguration en 2010 de l’auditorium Cziffra. Un concert du Quatuor Satie (dans un programme très bien conçu, qui allait de Janacek à Ravel via Stravinsky) mais également deux récitals de piano nous ont convaincus de l’intelligence et de l’intuition qui ont présidé à la construction de cet auditorium de 400 places, qui sonne très bien, sans réverbération excessive. Les pianistes ?

Hélène Tysman, impeccable interprète de Chopin et de Liszt, mais aussi de François Meïmoun, dont elle a donné la deuxième audition mondiale de la Première Sonate pour piano après l’avoir créée en juillet dernier au Festival de Chaillol. Mais aussi Cyril Huvé, qu’on a été heureux de retrouver dans ce corps à corps homérique avec l’instrument (en l’occurrence un superbe Steinweg de 1873) que provoquent des pièces aussi terrifiantes que Funérailles ou Après une lecture du Dante.

On précisera que si Liszt, décidément, est un compositeur pour piano toujours passionnant, toujours généreux, souvent inspiré, Liszt est d’un souffle bien plus court à l’orchestre. Sa Dante-Symphonie, même jouée par l’orchestre Les Siècles de François-Xavier Roth avec fougue et délicatesse, reste un catalogue d’effets bien laborieux, comme l’est la version orchestrale de la première Méphisto-Valse (une page qu’on a heureusement entendue ici, dans sa diabolique version pour piano, sous les doigts d’Hélène Tysman).

La Missa sopra Ecco si beato giorno d’Alessandro Striggio (1535-1592) était l’une des curiosités de l’édition 2011 du festival. Ceux qui connaissent le motet Spem in allium de Tallis peuvent imaginer l’impression que produit une pareille construction à quarante voix séparées, même si Hervé Niquet, dans le souci louable de faire de la soirée non pas un concert mais une célébration, avait eu l’idée d’entremêler cette messe de motets de Valente, Monteverdi et Benevoli. Quitte à émousser un peu l’élan monumental d’une Missa qui fut oubliée pendant quatre siècles puis redécouverte il y a une trentaine d’années par le chanteur Dominique Visse.

On ajoutera enfin que le festival de La Chaise-Dieu donne également souvent l’occasion de redécouvrir des partitions qu’on croit connaître. Cette année, ce fut le cas du Messie de Haendel, joué par le Collegium et le Collegium vocale 1704 de Vaclav Luks (qui est l’une des révélations de ces dernières années faites par le festival de La Chaise-Dieu comme ont pu l’être autrefois un Paul McCreesh ou un Sergio Vartolo), avec peut-être moins d’allant que Zelenka, leur compositeur de prédilection. Une interprétation charnue cependant, mais sans épaisseur, sans cholestérol, qui s’épanouit magnifiquement sous les voûtes de l’abbatiale.

Christian Wasselin

photo  : Hervé Niquet, directeur musical du Concert spirituel

  • La Chaise-Dieu, 45e édition du festival, du 18 au 30 août 2011.
  • Tél. 04 71 00 01 16
    www.chaise-dieu.com

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