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Critiques / Opéra & Classique

La Cenerentola de Gioacchino Rossini

par Caroline Alexander

Un Rossini de commedia dell’arte à voir le coeur léger et le sourire aux lèvres

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Nicolas Joël l’avait annoncé quand il prit la direction de l’Opéra National de Paris : les mises en scène qui ont marqué l’histoire de l’opéra entreront au répertoire au même titre que les œuvres. Après les Noces de Figaro quasi légendaires que Giorgio Strehler signa en 1973 (que Joël fit revenir pour mettre au rebut la réalisation de Christoph Marthaler), voici une Cenerentola de Rossini que Jean-Pierre Ponnelle (1932-1988) réalisa à Munich il y a quarante ans et qui fit pratiquement le tour du monde. Sans jamais s’arrêter à Paris. C’est chose faite enfin, post mortem mais plein de vie, de grâce et d’humour.

En découvrant les décors de tréteaux, les palais de carton pâte qui s’animent au gré des lumières, on a l’impression de feuilleter un vieil album de dessins au crayon trouvé au fond d’un grenier poussiéreux. Une imagerie d’un autrefois de contes et légendes. Ponnelle, à l’évidence et contrairement aux pratiques à la mode des ces dernières années, ne cherchait pas à raconter autre chose que ce raconte Perrault revu et corrigé par Jacopo Ferretti le librettiste de Rossini. Lequel s’amuse à tordre le cou au merveilleux. Le conte de fées y perd ses fées, aucune citrouille se transforme en carrosse et la pantoufle de vair est remplacée par un petit bracelet très chic. Le père – Don Magnifico – est fouettard (pour Angelina dite Cendrillon), gâteux pour ses idiotes de filles, roublard, ruiné, affairiste, l’héroïne cultive les fleurs de la bonté, un jardin entretenu par le prince Ramiro et qui déroulera, in fine, le tapis du happy end. La farce, la mélancolie, des pointes d’ironie alternent et se mêlent dans le livret et surtout dans la musique qui déferle aussi étourdissante que celle du Barbier de Séville qui la précédait de peu.

Une mise en scène chorégraphiée, une superbe distribution

Ponnelle ne s’embarrassait pas de second degré et jouait à fond la carte de la commedia dell’arte tirant vers la bouffonnerie le « dramma giocoso » rossinien. Le metteur en scène allemand Grischa Asagaroff qui fut autrefois l’assistant de Ponnelle et qui vient d’être nommé directeur artistique du Festival de Salzbourg, reconstitue avec bonheur cette mise en scène chorégraphiée qui rythme les corps autant que les voix et en fait une sorte de ballet chanté à la fois enchanteur et désopilant.

Bruno Campanella, dans la fosse, n’a malheureusement pas le même entrain. Sa direction est respectueuse de la partition mais il ne fait guère éclater les bulles de son champagne. Contrairement aux chanteurs qui sur la scène réussissent à se transformer en clowns et Pierrots, pantins méchants qui se prennent l’âme dans les ficelles de leur méchanceté. Une superbe distribution réunit la basse espagnole Carlos Chausson dans un Don Magnifico jouant au mauvais diable avec un ridicule qui fait tordre de rire, les mezzos Jeannette Fischer et Anna Wall rivalisent de minauderies dans les rôles des deux vilaines sœurs, Riccardo Novaro campe un Dandini de classe, Alex Esposito un Alidoro ombrageux. Le ténor mexicain Javier Camarena investit un prince au timbre lumineux, parfait amoureux de la reine de la soirée, Karine Deshayes, attendue, applaudie dans le rôle titre qu’elle avait déjà abordé et qu’elle magnifie en grâce dans son jeu et en virtuosité dans ses vocalises, des aigus qui jaillissent pleins de santé, des graves qui parfois se cherchent et une diction qui cisèle le texte.

Une soirée de fête en quelque sorte à voir le cœur léger et le sourire aux lèvres, où les enfants peuvent même emmener leurs parents.

La Cenerentola de Gioacchino Rossini, livret de Jacopo Ferretti d’après le conte de Charles Perrault. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris direction Bruno Campanella, chef de chœur Alessandro di Stefano. Mise en scène, décors et costumes Jean-Pierre Ponnelle réalisé par Grischa Asagaroff, lumières Michel Bauer. Avec Karine Deshayes, Javier Camarena, Riccardo Novaro, Carlos Chausson, Jeannette Fischer, Anna Wall, Alex Esposito.
Production du Bayerische Staatsoper de Munich

Palais Garnier, les 26, 28 novembre, 1, 3, 6, 8, 12, 15, 17 décembre à 19h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

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