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Critiques / Opéra & Classique

L’Orient à Liszt

par Christian Wasselin

Liszt orientaliste ? Tel est l’enjeu de la 17e édition des Lisztomanias qui se déroule jusqu’au 27 octobre à Châteauroux.

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CHÂTEAUROUX N’EST PEUT-ÊTRE PAS la ville du monde qui fait le plus rêver, mais c’est là, au cœur du Berry, non loin d’Argenton-sur-Creuse (où se tient chaque année un Festival Debussy) et de Nohant (où se trouve la maison de George Sand), qu’a lieu depuis 2002 un festival consacré à Franz Liszt. Compositeur bien sûr, pianiste évidemment, Liszt fut également un grand voyageur, un Européen convaincu, et aussi l’interprète (dans tous les sens du terme) de ses contemporains, de Schumann à Wagner en passant par Berlioz (bienveillance de l’Histoire, il arriva en 1823 à Paris le jour anniversaire des vingt ans du compositeur français).

Cette année, les Lisztomanias nous permettent de suivre Liszt jusqu’en Orient. L’Orient, on le sait, est un lieu non pas géographique mais poétique où se conjuguent la nostalgie de Babylone et le désir de l’Espagne, une dérive qui suit le cours du Danube jusqu’aux confins de l’Empire ottoman. Tel était le sujet de la captivante conférence donnée au Musée-Hôtel Bertrand par Nicolas Dufetel, conseiller artistique du festival (dont Jean-Yves Clément est le directeur), qui possède cette vertu rare qu’on peut appeler la grâce de l’érudition. Ou comment rappeler que Liszt, convié à jouer devant le sultan, s’échappa jusqu’aux premiers contreforts de l’Asie.

On aurait tort, toutefois, de réduire Liszt à une image pittoresque. Il y avait autant du tzigane en lui que de l’ambassadeur de l’Europe à travers l’Europe même. La Onzième Rhapsodie hongroise, toute crépitante des rebonds du cymbalum, est aussi une page aux harmonies étranges, à la folie masquée, qui renouvelle la place de la danse dans la musique occidentale.

Kantorow, le cymbalum et le feu

On cite cette page, car elle était située au cœur d’un récital assez décoiffant donné dans le cadre des « Impromptus de la chapelle » par le jeune pianiste Alexandre Kantorow qui, outre l’impénétrable Fantaisie op. 49 de Chopin et la fin de l’éblouissant Oiseau de feu (dans la transcription de Guido Agostin), a eu l’heureuse idée de nous faire entendre la méconnue Première Sonate de Rachmaninov : trois mouvements dont on peut oublier qu’ils figurent Faust, Marguerite et Méphistophélès (à l’instar de la Faust-Symphonie de Liszt) mais qui sculptent une pâte et une lumière avec une prolixité d’idées confondante. Là encore, la musique n’exprime rien sinon l’idée qu’elle est son propre sujet.

Ce récital prenait place dans la chapelle des Rédemptoristes, devenue auditorium Franz Liszt, où se trouve une singulière statue, due à Istvan Madarassy, qui représente le musicien tenant son piano contre lui à la manière d’un cymbalum ; statue installée au fond du chœur, sur un mur, à la manière d’un crucifix. C’est là aussi qu’ont lieu les autres « Impromptus de la chapelle » (dus à Yener Gökbudak et Marouan Benabdallah) et les académies d’interprétation de Bruno Rigutto et de Karol Beffa, les concerts du soir investissant la scène nationale baptisée « Équinoxe ».

Comme bien des festivals, les Lisztomanias multiplient les rencontres, les conférences et les concerts (on sera notamment sensible à celui donné par le violoniste Nicolas Dautricourt, le 25 octobre, sur le thème « Liszt, l’Orient et Debussy en jazz »), mais on citera aussi cette promesse dépaysante, qui appartient aux seuls lisztiens : l’organisation d’une édition du festival, au printemps prochain, à Constantinople. Ou à Istanbul, selon qu’on vit au XIXe ou au XXIe siècle.

Illustration : en 1842, déjà, la Lisztomania (lithographie de Hosemann, dr/Creative commons).

Lisztomanias : « L’Orient de Liszt ». Châteauroux, du 19 au 27 octobre (www.lisztomanias.fr).

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