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Critiques / Théâtre

L’Entêté de Jean-Pierre Andréani

par Gilles Costaz

Un rêve d’amour éternel

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C’est une pièce qu’on ne peut raconter, qu’on ne peut évoquer qu’en la survolant. Faite pour surprendre, elle surprend. Entrouvrons cependant la porte : un homme de 70 ans vit avec une femme plus jeune que lui. L’un des amis du couple est un chirurgien hors pair : s’il ne peut donner l’immortalité avec son savoir et son bistouri, il peut mener l’être humain au-delà de ses limites. Ce n’est pas le docteur Mabuse, il n’est pas pervers, mais il détient des pouvoirs que ses confrères n’ont pas, il les a dépassés dans la recherche. Aussi va-t-il transformer l’homme âgé car celui-ci lui demande de le faire entrer dans une nouvelle relation avec la belle jeune femme. La modification opérée permet de défier le temps, mais jusqu’à quand ?
Ce type de théâtre (l’auteur parle de « tragédie fantastique ») n’est pas fréquent. Jean-Pierre Andréani se situe plutôt du côté des romanciers de l’étrangeté, des disciples d’Edgar Poe comme Lovecraft ou Maurice Renard. Ce qui l’en distingue en même temps, et qui est très réussi, c’est que rien ne vient souligner que l’on est dans l’irréalité ou l’onirisme. Tout semble rester dans le style du réalisme, jusqu’à ce que l’histoire bascule et se déroule sur un autre plan. Mais aucun geste, aucune intonation ne sont appuyés ou dans l’exagération. Comme auteur, metteur en scène et acteur (il joue le rôle principal), Andréani unit étonnamment le vrai et l’invraisemblable. Dans le rôle de la jeune femme, Cécile Peyrot est d’une justesse identique, avec des acmés d’émotion vibrante. Jacques Roerich incarne le docteur sorcier avec une dégaine de praticien un peu raté ; il est très bien. Pour prendre un plaisir sans mélange à ce monde savamment décalé, il faut croire aux contes basés sur la folie scientifique, avoir du goût pour Faust et Frankenstein à la fois. Quoi qu’il en soit, grâce à un soin élégant apporté à tous les éléments, on se laisse prendre aux lacets de cette ingénieuse extravagance, qui dit en coulisses de choses profondes sur l’âge, la vieillesse et le désir d’un amour éternel.

L’Entêté ou la Rage de vivre de Jean-Pierre Andréani, mise en scène de l’auteur, assisté de Florian Mazga et Axel Petersen, lumières de Laurent Schneegans, son de Frédéric Malle, costumes et accessoires de Samia Terbouzouki, décors de Sébastien Ehlinger, avec Cécile Peyrot, Jean-Pierre Andréani, Jacques Roehrich.

Le Funambule, 19 h le lundi, 21 h le mardi, tél. 01 42 23 88 83, jusqu’au 9 avril. (Durée : 1 h 30).

Photo DR.

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1 Message

  • L’Entêté de Jean-Pierre Andréani 22 mars 19:58, par Patricia Kiener-Gander

    Bel article ! j’espère que le succès est au rendez vous, même si cette pièce semble un peu dérangeante...
    j’aimerais venir pour la dernière, si je trouve une solution de garde pour mes chiens. Mais peut-être as-tu des projets pour ce soir là ? le 9 avril.
    J’attends de tes nouvelles Jean Pierre.

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