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Critiques / Théâtre

L’Ecole des femmes de Molière

par Gilles Costaz

Course poursuite entre un machiste à bicyclette et une Lolita délurée

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Arnolphe, le tuteur d’une jeune fille longuement confinée dans la naïveté, et Agnès, cette gamine qui a grandi dans l’ignorance la plus recherchée, nous apparaissent … sur des vélos dans la mise en scène de L’Ecole des femmes par Stéphane Braunschweig. Des vélos dressés dans une salle de musculation et sur lesquels ils pédalent sans relâcher leur effort : Arnolphe entend garder sa jeunesse, Agnès réplique à son geôlier là où elle peut et comme elle peut, stimulée par le rythme de l’entraînement physique. On a compris qu’à l’Odéon, la pièce de Molière a changé de siècle. Braunschweig y fait résonner la révolte moderne des femmes et leur colère face au harcèlement sexuel. Les deux protagonistes ne passeront pas toute la soirée à pédaler, mais la soirée aura l’allure d’une course effrénée et perdue par celui qui a cru mettre tous les atouts de son côté. Arnolphe, machiste qui se croit encore jeune, courra sans cesse après cette jeune femme qui lui échappe et qui, telle la Lolita de Nabokov, laisse son corps sculptural fasciner les regards lorsqu’elle s’alanguit.
A-t-elle elle-même tué le petit chat dont elle dit qu’il est mort dans la réplique la plus célèbre de la pièce ? Braunschweig le laisse entendre, élargissant ainsi le caractère déluré d’Agnès qui n’ignore plus grand-chose du sexe, du désir des hommes et de la violence du monde. Dans l’exploration inattendue du personnage, on n’était jamais allé aussi loin. D’où un rire neuf et continu, provoqué avant tout par le jeu des deux comédiens chargés des rôles principaux. On en oublie tout le reste de la comédie, malgré la qualité de ses autres interprètes, Assane Timbo en tête dans le rôle de Chrysalde. Dans une scénographie de Braunschweig qui efface les différents lieux (la salle de muscu s’estompe et tout n’est plus qu’une maison de verre à emplir avec son imagination), les deux acteurs principaux se livrent une course poursuite qui est un duel intraitable. En Agnès, Suzanne Aubert a un sacré répondant et une splendide humeur combative. En Arnolphe, Claude Duparfait, qui rompt totalement avec la tradition du bourru bedonnant et grognant, est d’une rare liberté dans l’appropriation d’une figure classique. Il semble aussi charmant qu’odieux, rêveur que cruel, romantique que machiavélique. Cet Arnolphe, complexe, contradictoire, déploie tout un panel de jeux et d’émotions qui pourrait enchanter la psychologie contemporaine par sa folie noire et joyeuse. Mais c’est dans la langue du théâtre qu’il agit, et dans un bonheur d’invention qu’avec Stéphane Braunschweig et Suzanne Aubert, il instaure d’une manière scintillante.

L’Ecole des femmes de Molière
Mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig
collaboration artistique Anne-Françoise Benhamou
assistante à la mise en scène Clémentine Vignais
costumes Thibault Vancraenenbroeck
collaboration à la scénographie Alexandre de Dardel
lumière Marion Hewlett
son Xavier Jacquot
maquillages/coiffures Karine Guillem
vidéo Maïa Fastinger
avec Suzanne Aubert, Laurent Caron, Claude Duparfait, Glenn Marausse, Thierry Paret, Ana Rodriguez, Assane Timbo.

Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris VIe arrondissement, 01 44 85 40 40, jusqu’au 29 décembre. (Durée : 1 h 55).

Photo Elisabeth Carecchio..

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