Jusqu’au 18 octobre, du mardi au samedi 20h, dimanche 16h, Théâtre de la Tempête, Cartoucherie.
Joseph K., d’après Le Procès de Franz Kafka, adaptation et mise en scène Clément Poirée.
Un Kafka pour tous.

Franz Kafka inspire les metteurs en scène de théâtre et de cinéma, on ne compte plus les adaptations de son œuvre, plus ou moins fidèles à un esprit des plus exigeant et entier, où à l’idée que l‘on se fait d’une œuvre par essence insaisissable. Cette fascination tient autant dans l’expression modèle d’une conscience humaine broyée par la société, propre au vingtième siècle, que dans la multiplication des interprétations possibles des textes d’un maitre de l’étrange. Le Procès au premier rang. Les lieux ne sont jamais vraiment décrits, les êtres sont fluctuants et leurs occupations souvent vagues ; rien n’est éclairci, rien n’est précisé. Le monde incompréhensible et hostile que scrute le narrateur est une abstraction pesante, intense.
Clément Poirée est un adepte du théâtre désinvolte, d’un burlesque bon enfant et joyeux qui à première vue correspond assez peu à Kafka, au Procès en particulier et à son ambiance oppressante. Mais cela marche pourtant au début. K est interprété par un Pascal Cesari très crédible, à la fois décidé et hagard, montrant une belle volonté pour se dépêtrer de la procédure judiciaire qui lui est imposée sans qu’il ne sache ni pourquoi ni comment. Comme il séduit, sans apparemment le chercher, Mlle Bürstner que joue avec malice et un air fantasque Jeanne Lepers. Elle est très présente au théâtre à la différence du roman. Parmi les nombreux emprunts dont Clément Poirée a assaisonné cette créature, il y a Elizabeth Bam, texte de Daniil Harms écrit en 1928, qui offre un pendant féminin à l’histoire de K. Une trouvaille ! comme cette autre transformation de Mlle Bürstner en cantatrice, avatar de la Joséphine du Peuple des Souris, artiste incomprise s’il en est.
Les personnages des deux messieurs qui vont réveiller K rivalisent de cruauté absurde à l’image de l’ingénieux dispositif de cloisons et d’escaliers manipulés à vue par les acteurs. Les cloisons munies de portes et de fenêtres sales et opaques créent des perspectives mouvantes et inquiétantes, univers anonyme dans lequel se débat K. Des parenthèses circassiennes ouvrent sur des métaphores animales chères à l’auteur, bienvenues comme les collages d’autres de ses textes ( Le grand nageur, des extraits du journal).
Par contre, le traitement des personnages, sans mettre en cause le talent des acteurs, tire par trop sur la farce comme celui de l’ avocate cossarde qui manipule ses clients ou d’une servante très très accueillante. L’oncle de K du roman devenu son père dans la pièce subit le même sort. Matthieu Marie joue ce père autoritaire, mais à la façon d’ un bourgeois de fantaisie, barbon moliéresque aux antipodes de la figure tutélaire et oppressante de la fameuse Lettre au père.
Ainsi ce Joseph K. , plutôt équilibré entre rire et angoisse au début se perd dans des effets faciles qui s’éternisent, même si l’on comprend que tout cela a des ramifications psychanalytiques, relevant des rêves autant que de l’inconscient de K . Reste un spectacle paradoxalement enjoué pour un auteur exigeant, servi par une troupe talentueuse qui se dépense sans compter.
Un Kafka pour tous, éloigné de l’original, mais pourquoi pas !
Joseph K., d’après Le Procès de Franz Kafka, adaptation et mise en scène Clément Poirée, scénographie Erwan Creff, lumières Guillaume Tesson, costumes Hanna Sjödin, musique Stéphanie Gibert, avec Pascal Cesari, Jeanne Lepers, Matthieu Marie, Riccardo Pedri, Lauren Pineau-Orcier, Nanténé Traoré, Aymeric Trionfo, Julien Villa. Jusqu’au 18 octobre, du mardi au samedi 20h, dimanche 16h, Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, route du Champ de Manœuvre 75012, Paris, Tél :01 43 28 36 36, www.la-tempete.fr
Crédit photo : Fanchon Bibille



