Accueil > Jeanne Moreau l’impertinente de Jocelyne Sauvard

Critiques / Autres Scènes

Jeanne Moreau l’impertinente de Jocelyne Sauvard

par Gilles Costaz

La vie théâtrale d’une reine du cinéma

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Une biographie de Jeanne Moreau obtient actuellement un beau succès en librairie. Révèle-t-elle des éléments nouveaux ? D’une certaine façon, oui. C’est en raison d’une approche sensible, intériorisée que le livre de Jocelyne Sauvard séduit les lecteurs qui viennent chercher un regard différent de celui de la grande presse et du star-système. Cet ouvrage, largement fondé sur des entretiens avec des personnalités ayant travaillé avec Jeann Moreau, nous intéresse aussi parce qu’il n’oublie pas l’activité théâtrale de l’actrice. D’ailleurs, le chapitre le plus amusant est l’étude de la période où Jeanne Moreau, entrée à la Comédie-Française, y joue régulièrement des classiques à l’insu de ses parents. Le père, en effet, tenancier d’hôtel et de café, trouverait scandaleux que sa fille fasse un métier aussi infâmant. Quand il l’apprendra, Jeanne devra aller dormir ailleurs. Et ce n’est pas une légende. La jeune comédienne sera mise à la porte du domicile familial…
Au théâtre, il y a la Jeanne Moreau débutant au Français, puis entrant dans la troupe du TNP de Jean Vilar (elle joue avec Gérard Philipe !) Ensuite, dans le secteur privé, elle participe aux mises en scène de Jean Marais mais, surtout, elle joue Une chatte sur un toit brûlant de Tennessee Williams mis en scène par Peter Brook et rejoint Claude Régy et Gérard Depardieu pour La Chevauchée sur le lac de Constance d’Handke. Plus tard, elle revient dans le cercle du théâtre subventionné avec deux grands spectacles : l’adaptation du Récit de la servante Zerline d’Hermann Broch par Klaus Michael Grüber et La Célestine de Rojas mis en scène par Antoine Vitez. Elle conclura cette vie théâtrale par sa lecture du Condamné à mort de Jean Genet en duo avec Etienne Daho. Jocelyne Sauvard ne mentionne pas La Bonne Soupe de Félicien Marceau et L’Intox de Françoise Dorin : quand il s’agit du théâtre de boulevard, on ne peut ne pas faire un recensement exhaustif.
Ce qui irrigue le livre et fait son originalité, c’est l’interrogation sur la complexité psychique de Moreau, qui finit toujours par choisir l’indépendance. Quand elle entre dans une relation amoureuse, elle s’en échappe vite : Gérard Philipe, Louis Malle, Jean-Louis Trintignant… Quand elle se marie, cela dure un an ou deux : Jean-Louis Richard, Pierre Cardin, William Friedkin. Elle ne rompt pas amicalement ni professionnellement. Elle opte pour la solitude. La nouveauté du regard de Jocelyne Sauvard, c’est de mettre en lumière des origines difficiles (la pauvreté, le milieu populaire, une double culture française et anglaise) et de montrer combien elles ont pesé sur sa vie. Jeanne Moreau n’avait pas des caprices de star mais des fiertés de femme née loin des cuisses de Jupiter.

Jeanne Moreau l’impertinente de Jocelyne Sauvard. Editions L’Archipel, 290 pages, 20 euros.

Photo DR.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.