Du 16 au 30 septembre, 20h, samedi 18h, relâche le dimanche, Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, 75011, Paris.

Je meurs de ne pas mourir (Les deux vies de Thérèse), texte Paco Bezerra, traduction Clarice Plasteig (éditions Les Solitaires Intempestifs), mise en scène et scénographie Aurélia Lüscher.

La résurrection de Thérèse.

Je meurs de ne pas mourir (Les deux vies de Thérèse), texte Paco Bezerra, traduction Clarice Plasteig (éditions Les Solitaires Intempestifs), mise en scène et scénographie Aurélia Lüscher.

Belle proposition de monter ce texte d’un auteur espagnol Paco Bezerra, né en 1978, primé et monté avec succès en son pays : un monologue qui projette le retour de Sainte Thérèse d’Avila dans l’Espagne d’aujourd’hui. Thérèse (1515-1582) a vécu au cours du Siècle d’Or à Avila ; personnalité forte, elle sera à la fois rebelle, réformatrice, théologienne, mystique. Elle fit et fait encore l’objet d’une dévotion très catholique sous le nom de Thérèse de Jésus bien au-delà de la Castille.

La Thérèse de la pièce que joue avec engouement et une belle vitalité Estelle Meyer est un personnage mouvant qui échappe à une identité définie. Et pour cause, elle farfouille d’abord dans un caddy de supermarché où sont entreposés des membres humains en plastique dont on comprend qu’ils sont les reliques de la Sainte. Elle reconstitue un corps sur le sol avec ces morceaux épars, allume des bougies ; cérémonial dérisoire et factice. D’emblée Thérèse a tout d’une SDF mais raconte avec précision l’histoire de sa jeunesse, les souffrances de son corps, choisissant la voie religieuse en pleine conscience et exprimant son désir d’affirmation de soi farce à l’ordre patriarcal.

Elle commente l’exploitation de son cadavre démembrée par un jésuite, déjà expert en marketing, dispersée aux quatre coins du monde. C’est donc aussi bien Thérèse qui est devant nous avec la ferme volonté de reconstituer son corps mutilé, qu’une autre Thérèse qui hante les gares et les décharges, qui se prostitue pour acheter de la drogue et qui finit en prison. Elle en sort après avoir guéri d’un cancer la fille de sa geôlière, le miracle comme trait d’union entre les deux Thérèse, une et double.

Dernier avatar, Thérèse devient une DJ adulée qui monte avec sa console devant une foule en extase. Musique techno et chant mystique se confondent, Thérèse apparait comme dans les images saintes nimbées de lumière, et les flashs des spots et les lasers se transforment dans la lumière divine des assomptions que l’on voit sur les retables des vieilles églises.

Les deux Thérèse se rejoignent sur bien des points, vœu de pauvreté, souffrance physique, désir d’être soi par de-là les épreuves et une société peu accueillante. Paco Bezerra rend à Sainte Thérèse chair humaine, la sainte redevient une femme sur le plateau ou métaphoriquement en reconstituant son corps humilié.

La mise en scène d’Aurélien Lüscher est claire, sert le texte en donnant à voir les errances de cette femme des bas-fonds qui garde comme une forme de candeur irradiante dans sa déchéance, atteignant une forme de sainteté populaire. Et la montée au pinacle sur un chariot élévateur est éblouissante, magnifiée par la bande-son de Deena Abdelwahed.

Estelle Meyer est étonnante, prenant le contre-pied des images de la sainte : religieuse sérieuse et contrite sur les tableaux d’époque, à l’inverse pâmée comme dans la statue du Bernin. Elle fait le clown, jubile, joue avec le public et rit d’une vie qui ne l’a pas épargnée. Son corps et son humeur joyeuse en font une irréductible guerrière de la foi en l’humanité à défaut de celle en Dieu.

Je meurs de ne pas mourir (Les deux vies de Thérèse), texte Paco Bezerra, traduction Clarice Plasteig (éditions Les Solitaires Intempestifs), mise en scène et scénographie Aurélia Lüscher, assistanat mise en scène Marguerite de Hillerin, création lumière Julien Boizard, création son Nicolas Hadot, musique Deena Abdelwahed avec Estelle Meyer. Du 16 au 30 septembre, 20h, samedi 18h, relâche le dimanche, Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, 75011, Paris , Tél :01 43 57 42 14, www.theatre-bastille.com
Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.

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Louis Juzot

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