Paris-Théâtre du rond-point jusqu’au 21 novembre 2009
J’existe (foutez-moi la paix) de Pierre Notte
De charmants iconoclastes

Pierre Notte a beau être l’auteur heureux de l’année, avec un cycle de cinq spectacles aux Déchargeurs. Il n’en mouille pas moins sa chemise en montant lui-même en scène et en reprenant le spectacle de cabaret qu’il avait créé il y a trois ans. Il résume ainsi l’aventure : « Trois gugusses bidouillent dans le désastre et dansent comme ils peuvent sur un gazon très vert parmi les fantômes de Goethe et de Duras. » On peut la présenter autrement, c’est-à-dire comme un faux mauvais roman dont Marie – la sœur de Pierre Notte, jouant une autre Marie – serait l’héroïne, à la recherche d’un amour impossible. Ou bien comme un exercice de style dont toutes les étapes visent à parodier des styles de chanson tous différents, ce qui permet aussi d’épingler en même temps la société où nous vivons et ses gloires qui paradent à longueur d’écran.
Le titre est provocateur. Le spectacle aussi car il retrouve la vérité du cabaret qui est d’être mal élevé, insolent, sans respect pour qui que ce soit. Marie Notte mène la charge avec une personnalité très forte : elle joue l’innocence avec un art diabolique, et elle chante à ravir. Pierre Notte camperait plutôt le distrait, le lunaire, ce qui le rend également d’une force satirique d’autant plus imparable qu’elle surgit dans la douceur. Au piano, Paul-Marie Barbier incarne le meilleur des complices. A ces charmants iconoclastes on donnerait le bon dieu sans confession tant ils sont subtilement pervers dans le massacre de toute valeur reconnue. On ne connaît pas en France un autre auteur que Pierre Notte pour produire un music-hall d’une telle qualité : c’est un animal rare qu’il est conseillé d’aller observer, avec son étonnante sœur, avant qu’il se retire dans son cabinet d’écriture.
J’existe (foutez-moi la paix), cabaret musical écrit et conçu par Pierre Notte, avec Marie Notte, Pierre Notte, Paul-Marie Barbier (piano). Théâtre du Rond-Point, tél. : 08 92 70 16 03, jusqu’au 21 novembre (1 h 40).



