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Ivan Morane joue "La Chute" de Camus

par Gilles Costaz

Dans la peau de Jean-Baptiste Clamance

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Peut-être plus encore que La Peste, La Chute a un destin théâtral important. Depuis son adaptation, au cours des années 80, par François Chaumette (reprise ensuite par Pierre Tabard), le roman de Camus est devenu un texte scénique. Le fait que ce soit une adresse à un personnage invisible (à nous, à l’auteur, un inconnu ? ) facilite le passage de la page au plateau. On sait que le narrateur, Jean-Baptiste Clamance, qui s’exprime donc à la première personne, est un « juge-pénitent » replié à Amsterdam : à Paris, il n’a pas réagi alors qu’il a été témoin du suicide d’une jeune fille se jetant dans la Seine. Bourrelé de remords, il se met à mépriser sa vie antérieure – celle d’un avocat brillant, à qui tout réussit – et s’abîme dans ses réflexions dominées par la honte et l’inutilité de l’existence.
Ivan Morane est devenu l’un des grands interprètes de La Chute. Il donne au texte une force particulièrement troublante. Nous l’avons rencontré au moment où il reprend aux Mathurins le spectacle qu’il a lui-même mis en scène et dont il donnait déjà une première version en 2014.
Comment est née cette envie de jouer La Chute ?
IVAN MORANE : Cela doit remonter à ma classe de première ! Mon prof de français m’a fait préférer Camus à Sartre ! En fait, en 2010, un festival du Sud-Ouest m’a donné carte blanche pour une lecture. J’ai spontanément pensé à La Chute. J’ai lu le texte tel qu’il est adapté par Catherine Camus et François Chaumette et j’ai été pris à mon propre piège. Il fallait que cela devienne un spectacle. Je l’ai créé en 2014 au Chêne Noir, à Avignon, puis repris, sous une forme un peu différente, à Paris, au Lucernaire. Aujourd’hui, je peux dire que, pour les Mathurins, j’en suis à une troisième version, plus épurée. Je suis seul en scène, sans partenaire musical. Avec moi, il n’y a plus qu’un fauteuil et une bouteille de genièvre…
Vous avez approfondi ou modifié votre interprétation ?
J’ai demandé à Bénédicte Nécaille d’être ce regard extérieur qui m’aiderait à enlever ce qui pouvait être trop théâtral, à creuser les émotions, les différences entre les scènes, à permettre au public d’être traversé par le texte, à s’y identifier dans le rapport qu’on peut avoir avec un miroir.
C’est un spectacle noir ou lumineux ?
Le personnage de Jean-Baptiste Clamance est dans ses ténèbres mais il y a beaucoup d’humour et lumière. On retrouve le Camus lumineux né en Algérie, même à Amsterdam. Clamance est dans une spirale inversée : il va vers le haut, il tente de sortir du « cercle de l’enfant ». Le texte est hanté par la culpabilité, mais il est plein de l’amour des autres. La fraternité est dans le contrat que nous avons avec l’humanité.
Comment vivez-vous l’aventure du comédien seul en scène ?
L’expérience n’a rien à voir avec la pratique d’une pièce jouée à plusieurs. Dès le moment de la loge, on est seul, avec une certaine peur et dans la concentration. Mais c’est un tel bonheur de travailler sur ce texte ! En scène je ne ressens pas de solitude. D’ailleurs, Clamance s’adresse à un interlocuteur imaginaire, quelqu’un qu’il a rencontré dans un bar sordide d’Amsterdam. Nous avons fait un fait un travail d’une grande précision sur les axes du regard. Je suis l’interlocuteur, je joue avec lui. C’est presque un dialogue.
Tous les soirs, je navigue dans les phrases, je découvre de nouvelles choses dans le texte. Et, quand des spécialistes de Camus sont dans la salle, eux aussi découvrent des aspects du texte qu’ils n’avaient pas perçu. Je crois que je ne suis jamais allé aussi loin. Tous les soirs, c’est une première : voilà une chose que je n’ai jamais vécu.

La Chute d’Albert Camus, adaptation de Catherine Camus et François Chaumette, mise en scène, lumières et interprétation d’Ivan Morane, collaboration artistique de Bénédicte Nécaille, son de Dominique Bataille.

Théâtre des Mathurins, 21 h, tél. : 01 42 65 90 00, jusqu’au 29 juin. (Durée : 1 h 25).

Photo DR.

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