Saariaho et Mahler à la Philharmonie de Paris le 13 février
In memoriam Kaija Saariaho
Gustav Mahler lui-même salue Kaija Saariaho dont l’ultime partition vient de connaître sa création française en compagnie du trompettiste Veneri Pohjala et de l’Orchestre philharmonique de Radio France.
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- 15 février
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KAIJA SAARIAHO NOUS A QUITTÉS le 2 juin 2023. Radio France lui avait consacré une édition du festival Présences, en 2017, et vient de donner une nouvelle preuve de sa fidélité à la compositrice finlandaise en proposant la création française de son ultime œuvre : un concerto pour trompette intitulé Hush, qui fut donné en première mondiale à titre posthume, le 24 août 2023, sous la direction de Susanna Mälkki, avec le trompettiste Veneri Pohjala. C’est le même Veneri Pohjala qui vient d’interpréter le concerto à la Philharmonie de Paris, en compagnie de Sakari Oramo à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France (co-commanditaire de la partition avec l’Orchestre symphonique de la radio finlandaise, le Festival d’Helsinki, l’Orchestre philharmonique de Los Angeles, Asko/Schönberg, Muziekgebouw aan ‘t IJ, BBC Radio 3, l’Orchestre symphonique de Lahti et le Finnland-Institut).
L’œuvre, composée alors que Kaija Saariaho se savait condamnée, sonne bien sûr comme un chant d’adieu, le titre même, qu’on peut traduire en français par « faire silence », étant un appel à la sérénité. Elle est aussi habitée par un regard rétrospectif : on y retrouve en effet une partie du matériau musical de Graal Theatre, une œuvre composée par Saariaho il y a trente ans. Quant aux titres des quatre parties du concerto (« Make the thin air sing », Faire chanter l’air léger ; « Dream of falling », Rêver de tomber ; « What ails you ? », Qu’est-ce qui te fait souffrir ; « Ink the silence », Ancrer le silence), ils proviennent d’un poème d’Aleksi Barrière superposé en 2018 à la musique de Graal Theatre.
Un concerto comme un lamento
La musique de Hush est d’abord faite de sons isolés d’où sourd une trompette plaintive : Saariaho a imaginé ici pour le soliste une partie douloureuse et mélancolique, mais sans épanchement ni démonstration de vélocité. Venero Pohjala, dédicataire de l’œuvre, en livre une interprétation concentrée à la manière d’une vaste déploration sans paroles. Le miroitement de timbres du deuxième mouvement, les sons de tempête obtenus par la trompette dans le troisième, à la manière d’une rage contenue, un bref moment de frénésie ponctué par un cri poussé par le soliste, enfin le mot « Hush » avant que tout s’éteigne, font de l’œuvre une poignante invitation au regret davantage qu’une révolte.
La Cinquième Symphonie de Mahler, qui commence par une marche funèbre, était une suite presque logique à ce concerto testamentaire. Mais ladite marche funèbre est introduite elle-même par une phrase confiée à la trompette, comme si l’instrument courait d’une œuvre à l’autre. Une phrase magnifiquement interprétée par le trompette solo de l’Orchestre philharmonique de Radio France, à la fois par la beauté du son et les nuances de dynamique (au fil d’une poignée de secondes seulement !). On retrouve aussi le splendide pupitre de cors du Philhar, le hautbois toujours poétique et soyeux d’Olivier Doise, et toutes les qualités individuelles et collectives de l’orchestre, sur lesquelles nous ne reviendrons pas ici. Sakari Oramo, manifestement, a pris plaisir à répéter avec lui, et l’Adagietto de sa Cinquième Symphonie sonne avec une intensité subtilement dosée – et un glissando fort bien négocié avant la reprise du thème principal.
Illustration : Kaija Saariaho (photo Maxppp - Raphael Gaillarde)
Kaija Saariaho : Hush, concerto pour trompette et orchestre – Mahler : Symphonie n° 5. Verneri Pohjala, trompette ; Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Sakari Oramo. Philharmonie de Paris, 13 février 2026.
On peut retrouver ce concert sur le site d’Arte.



