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Critiques / Opéra & Classique

Il Viaggio a Reims de Gioacchino Rossini

par Caroline Alexander

Virtuosité et drôlerie rossiniennes sur un coucou en panne de carburant

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Le plus européen et le plus voyageur des opéras de Rossini vient de faire escale à Anvers au Vlaamse Opera/Opéra de Flandre avant de s’envoler à Gand, sa deuxième salle, au début de l’année prochaine. S’envoler est bien le mot qui convient au point de vue que lui confère la mise en scène de Mariame Clément. Les touristes de haut rang en partance pour Reims pour y assister au sacre du roi Charles X ont enjambé un siècle et quelques décennies si bien que. la diligence sensée les acheminer vers la cathédrale royale est devenue un avion de ligne tombé en panne d’essence en lieu et place de panne de chevaux.

Créé à Paris au Théâtre Italien en juin 1825 ce Viaggio a Reims est né d’une commande dédiée au couronnement du nouveau monarque. Rossini, au faîte de sa gloire, imagina un faux pèlerinage en forme de spectacle musical où pourraient briller les meilleurs chanteurs et chanteuses du moment. Soit dix huit numéros de solistes dont une dizaine de haute voltige vocale pour une vingtaine de personnages qui n’ont rien d’autre à faire qu’à attendre, à faire connaissance et se faire la cour. Sur ce mince livret, le dramma giocoso prend parfois des allures de cantate. Dès sa création sa carrière s’arrêta au bout de cinq représentations pour carrément tomber dans l’oubli. En 1984 Claudio Abbado en fit redécouvrir les couleurs virtuoses, la bonne humeur et le cachet « Europe » au Festival de Pesaro dans une mise en scène de Luca Ronconi qui fit pratiquement le tour du monde (webthea du 2 novembre 2005).

Une Europe bien présente

L’Europe est bien présente dans la panoplie de personnages : une comtesse française, parisienne pur jus, une poétesse romaine, une veuve polonaise, un général russe, un colonel britannique, un grand d’Espagne, une orpheline grecque, deux officiers français, un major allemand, qui, pour meubler le temps de leur attente vont tour à tour entonner les odes patriotiques de leurs pays, du « Deutschland über alles » au « God save the King » qui devient « God save the Queen » dans la version transposée de Mariame Clément où l’Auberge du Lys d’Or de Plombières-les-Bains est devenue un vieux Boeing cloué au sol d’une piste d’atterrissage.

L’idée est amusante et plutôt bien fondée même si l’immobilité du lieu entraîne un certain statisme dans l’évolution des rapports surtout dans la première partie. Classe éco à l’étage où les passagers sont serrés comme des sardines et servis de piteux plateaux repas, première ou plutôt classe affaires en bas, l’espace est plus généreux, le champagne coule et le service se fait tout sucre. Ceux d’en haut se régalent du défilé des célébrités stars qu’ils mitraillent avec leurs portables et autres iPod. Les hôtesses, en uniformes roses, aux ordres de leurs illustres clients se livrent à des ballets d’admiration béate. On fait la queue devant les toilettes qui clignotent du rouge au vert ou s’ouvrent pour héberger une savoureuse partie de jambes en l’air entre la veuve polonaise que console frénétiquement le baron général russe.

Une géographie de patries

Le rythme, le jeu, les gags et trouvailles drolatiques épousent les cadences rossiniennes que le chef italien Alberto Zedda, 83 ans d’âge et d’indéfectible musicalité, dirige avec ferveur et humour. Une ovation debout en salua les pointes et délicieuses rondeurs. Des jeunes voix se partagent les numéros de vocalises de cette singulière partition qu’ils réussissent à maîtriser et même à faire étinceler. Bonne homogénéité du côté des hommes où le baryton basse italien Carlo Lepore, le ténor russe Alexei Kudrya, le baryton basse autrichien Josef Wagner, la basse roumaine Cozmin Vasile Sinne, le ténor américain Robert Mc Pherson constituent une géographie de patries bien à l’image et à l’esprit de l’œuvre. Une panoplie agrandie le soir de la première où la basse autrichienne André Schuen, aphone, mima son rôle tandis que le coréen Jin-Ho Yoo, appelé le matin même à la rescousse, le chanta.

En comtesse de Folleville montée sur d’éblouissants ressorts la jeune russe Elena Tsallagova, ex-pensionnaire de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris et interprète modèle de la Petite Renarde Rusée de Janacek dans la même maison (webthea du 16 octobre 2008) confirme la variété de son talent. Autre russe douée de charme et d’aplomb la mezzo Anna Goryashova allie sa plastique de femme du monde aux rondeurs lumineuses de son timbre. Serena Farnocchia pilote son personnage avec l’aplomb d’une vraie gradée des airs. Soprano russe également, Elena Gorshunova, arbore en grâce mutine les roucoulades, la robe bleue et la couronne étoilée de cette Europe qui aujourd’hui doute d’elle-même.

Il Viaggio a Reims ; dramma giocoso de Gioacchino Rossini, livret de Luigi Balocchi. Orchestre Symphonique du Vlaamse Opera/Opéra de Flandre, direction Alberto Zedda, chœurs du Vlaamse Opera direction Yannis Pouspourikas, mise en scène Mariame Clément, décors et costumes Julia Hansen, lumières Glen D’haenens. Avec Elena Gorshunova, Anna Goryachova, Elena Tsallagova, Serena Farnocchia, Robert McPherson, Alexey Kudrya, Josef Wagner, Carlo Lepore, Cozmin Vasile Sime, André Schuen (soutenu par Jin-Ho Yoo) Igor Bakan, Gijs Van der Linden, Chia-Fen Wu, Els van Daele, Maarten Heirman, Simon Schmidt .

A Anvers : les 18, 21, 23, 29, décembre à 20h, le 27 à 15h, le 31 à 19h.

A Gand : les 11, 13, 18 & 21 janvier à 20h, le 15 à 15h

+32 (0)70 22 02 02 – www.vlaamseopera.be

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