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Critiques / Opéra & Classique

Il Matrimonio Segreto de Domenico Cimarosa

par Caroline Alexander

Un écrin désuet

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Jolie idée pour commencer l’année que de programmer ce petit bijou « d’opera buffa » qu’est le Mariage Secret de Domenico Cimarosa, chef d’œuvre de fantaisie de pure résonance mozartienne. Créé à Vienne deux mois après la mort de Mozart, il en est imprégné comme une éponge, jusqu’à des citations pures et simples, pratique usuelle de l’époque qui ne choquait pas et que personne n’aurait alors qualifié de plagiat. Dès l’ouverture c’est La Flûte Enchantée qui s’incruste dans les oreilles, des bribes des Noces de Figaro, de Don Giovanni ou de Cosi fan tutte, suivent en galops serrés de folles chevauchées.

Au Burgtheater de Vienne, l’empereur Léopold II avait oublié qu’il avait boudé La Clémence de Titus que Mozart avait pourtant composé à sa gloire et fut tellement subjugué par cette nouvelle « folle journée » qu’il demanda aux artistes de lui bisser, non pas un air ou deux, mais la totalité de l’œuvre…, consentant à leur offrir à souper entre les deux représentations. Record d’enthousiasme battu dans toute l’histoire de l’opéra…

Phrases courtes, courses échevelées, quiproquos en tourbillons

Napolitain grand teint, héritier des farces de la commedia dell’arte, rival de Paisello, le très fécond Cimarosa (il composa 70 opéras, plus 80 sonates pour clavecins !) maniait en prestidigitateur les ressorts de la bouffonnerie, avec une verve, une grâce, une élégance telle que des mélomanes avertis comme Stendhal le préférait même à Mozart… Phrases courtes, courses échevelées, quiproquos en tourbillons : voilà toutes les recettes de ce Mariage Secret, où la cadette d’un bourgeois enrichi qui rêve comme monsieur Jourdain de s’offrir une particule, se marie en secret avec l’humble employé de son père, acte d’un rare culot pour l’époque. Le pater familias, ignorant le pacte, a concocté pour l’aînée de ses filles un mariage avec un aristo belle gueule mais ruiné. Patatras !, le prétendant s’amourache de la plus jeune, et pour comble de confusion, la sœur du papa, donc la tante des filles, en pince pour l’époux clandestin de sa nièce… D’équivoques, en méprises, de claques qui se perdent en aveux inavouables, la course poursuite mousse et pétille au rythme de la musique de Cimarosa, où les vocalises des quatuors et sextuors se débitent à la mitraillette – une cadence en vrille dont Rossini plus tard se fera l’héritier doué…

Une jolie brochette de talents

Pour soutenir ces tempos effrénés avec grâce et aplomb il faut de beaux tempéraments et de bien jolies voix. Celles et ceux réunis sur le plateau du Théâtre Royal de Wallonie relèvent le défi dans une parfaite homogénéité que soutient la virevoltante, mais très précise, direction de l’italien Giovanni Antonini, orfèvre en musique baroque, flûtiste et directeur musical du Giardino Armonico. Il fait cabrioler les instruments et électrise les solistes, une jolie brochette de talents, où se distinguent Cinzia Forte, la mariée non avouée, soprano italienne toute de charme et de volubilité, Priscille Laplace en verve en sœur aînée malgré les inutiles postiches supposés l’enlaidir, Damiana Pinti en Tatie énamourée, Aldo Caputo en jeune premier éberlué, Mario Cassi en noblion redondant, Alberto Rinaldi enfin qui en fait des tonnes en vieillard inculte vendant son âme et ses filles pour une particule. Tous italiens ou presque, leur diction est également impeccable

Prima la musica

A coup de perruques en délires et de fanfreluches, Stefano Mazzonis di Pralafera, successeur de Jean-Louis Grinda à la tête de l’Opéra Royal de Wallonie, signe une mise en scène au grotesque désuet. Le rythme est soutenu mais les décors et costumes semblent surgir d’un temps oublié de l’opéra que n’allègent guère quelques plaisanteries de mauvais goût comme ce laquais atteint de la maladie de Parkinson qui, d’un tableau à l’autre, joue en tremblotant les mouches du coche.

Mais prima la musica. La plaisir reste intact dans l’oreille.

Il Matromino Segreto de Domenico Cimarosa, orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie, direction Giovanni Antonini, mise en scène Stefano Mazzonis di Pralafera, décors Jean-Guy Lecat, costumes Fernando Ruiz. Avec Cinzia Forte, Priscille Laplace, Damiana Pinti, Alberto Rinaldi, Aldo Caputo, Mario Cassi.
Liège – Opéra Royal de Wallonie – du 1er au 9 février 2008 - +32 (0)4 221
47 22

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