Paris, Théâtre de la ville jusqu’au 11 juin 2011
I am the wind de Jon Fosse
Deux hommes sur un bateau

Entendons-nous bien. Nous considérons Jon Fosse comme un très grand auteur. Et Patrice Chéreau comme un immense metteur en scène. Mais cet I am the wind, qui arrive du Young Vic de Londres précédé par des trompettes de le renommée à vous faire exploser le tympan, nous fait l’effet d’un spectacle de rien du tout. Une invraisemblable régression dans la carrière de l’un et de l’autre.
La pièce se résume à peu de choses. Deux hommes, dont l’un semble plus malheureux que son ami, montent dans un bateau et partent en mer. Ils font escale dans une crique, mangent, boivent, puis reprennent la navigation. Le vent se lève, le navire tangue. C’est le plus aguerri qui tombe à la mer et disparaît, tandis que le passager inexpérimenté parvient à ramener l’embarcation vers la terre ferme. C’est tout ! On ne considèrera pas comme un exploit poétique le fait de faire dire à un personnage au moment où il tombe à l’eau : « Je suis le vent. » C’est du niveau d’une vieille pièce de l’année 1897, Le Chemineau de Jean Richepin, dont la dernière phrase était : « Va, chemineau ! Chemine ! »
Au milieu d’une vaste étendue noire couverte de terre et d’eau, une planche grise figure le bateau. Sous elle, Richard Peduzzi a placé tout un mécanisme qui permet au plateau de bois toutes les inclinaisons. Les deux acteurs sont donc tantôt à terre, tantôt sur l’esquif. La première image est saisissante : ces deux hommes décharnés paraissent s’aimer d’un amour non avoué. Puis le vide du texte, plus proche d’un symbolisme archaïque que du silence parlant de Beckett, et des gesticulations sur la planche élastique, s’installe. Il n’y a plus qu’à attendre le ridicule de la dernière phrase. Les interprètes, Jack Laskey et Tom Brooke, jouent correctement les funambules en déséquilibre sur une mer démontée et invisible. Vacuitas vacuitatum, eût dit Bossuet.
Je suis le vent de Jon Fosse, texte anglais de Simon Stephens, mise en scène de Patrice Chéreau, collaboration artistique de Thierry Thieû Niang, décor de Richard Peduzzi, costumes de Caroline de Vivaise, lumière de Dominique Bruguière, conception sonore d’Eric Neveux, avec Tom Brooke et Jack Lasley. Théâtre de la Ville, tél. : 01 42 74 22 77, jusqu’au 11 juin. Nuits de Fourvière, Lyon, 15-18 juin. Festival d’Avignon (cour du lycée Saint-Joseph), 8-12 juillet. Texte français aux éditions de l’Arche. (Durée : 1 heure 8 minutes).



