Les Noces de Figaro de Mozart le 18 novembre au Palais Garnier
Heureuses Noces !
Une distribution étincelante porte au firmament la reprise des Noces de Figaro.
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- 19 novembre 2025
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APRÈS LA WALKYRIE À L’OPÉRA BASTILLE, l’Opéra de Paris nous enchante une nouvelle fois grâce à une distribution très judicieusement choisie, cette fois au Palais Garnier, à l’occasion de la reprise des Noces de Figaro que nous avions vues en janvier 2022. S’il est possible, la nouvelle distribution nous comble plus encore que celle d’il y a trois ans (bientôt quatre !). Hanna-Elizabeth Müller, la projection impeccable, a mélancolie et la noblesse de la Comtesse ; Sabine Devieilhe, plus délicate, plus nuancée, plus futée et flûtée que jamais (la tendresse qu’elle met dans son air « Deh vieni non tardar » au quatrième acte !), est une Suzanna idéale ; et on retrouve avec bonheur Lea Desandre, son timbre léger, sa parfaite dégaine d’adolescent. Le tour de force musical et dramatique que constitue le deuxième acte dans son entier est ici une pure merveille.
D’autant que Christian Gerhaher est irrésistible en Comte irascible et penaud tour à tour, plus tourmenté que l’était Peter Mattei. Figaro, bien qu’il ait le titre et que Mozart lui ait réservé trois airs, n’est peut-être pas le personnage le plus intéressant des Noces, mais la belle voix de basse de Gordon Bintner lui donne une autorité paradoxale, là où les couleurs d’un Gerhaher soulignent la fragilité que cache l’apparente arrogance du Comte. On entend moins Monica Bacelli (Marcellina) que le très sonore James Creswell (Bartolo), et tous les autres solistes sont parfaitement à leur place, à commencer par le toujours excellent Franck Leguérinel en jardinier et Ilanah Lobel-Torres (Barberina), qui sera Suzanna dans la seconde distribution affichée fin décembre.
Réjouissante animation
La direction animée et colorée d’Antonello Manacorda est au moins aussi convaincante que celle de Gustavo Dudamel, et se soucie plus d’être en phase avec les chanteurs, notamment lors des ensembles, menés ici avec un grand dynamisme. Les chœurs, assez peu sollicités par Mozart, ajoutant leur contribution à cette réussite.
La mise en scène de Netia Jones reste ce qu’elle est : assez classique, avec deux ou trois idées un peu parachutées afin de la faire participer à l’air du temps (caméras sur scène, téléphones portables, dénonciation des violences sexistes), une utilisation toujours aussi gauche de l’alternance des vêtements du XVIIIe et du XXIe siècle, et ce ballet en tutus tout à fait hors sujet. Mais au moins s’agit-il d’une mise en scène qui ne va pas contre le livret et qui contribue malgré ses scories à la fluidité d’un spectacle réjouissant de bout en bout.
Illustrations : Sabine Devieilhe, Hanna-Elizabeth Müller, Gordon Bintner, Franck Leguérinel et Christian Gerhaher au deuxième acte ; Sabine Devieilhe et Christian Gerhaher au troisième acte (photos Franck Ferville/OnP)
Mozart : Les Noces de Figaro. Avec Gordon Bintner (Figaro), Hanna-Elizabeth Müller (la Comtesse), Christian Gerhaher (le Comte), Sabine Devieilhe (Suzanna), Lea Desandre (Cherubino), Monica Bacelli (Marcellina), James Creswell (Bartolo), Leonardo Cortellazzi (Basilio), Ilanah Lobel-Torres (Barberina), Nicholas Jones (Don Curzio), Franck Leguérinel (Antonio), Sima Ouahman (Una donna), Daria Akulova (Una donna). Mise en scène, décors, costumes, vidéo : Netia Jones ; lumières : Lucy Carter ; chorégraphie : Sophie Laplan. Chœurs (dir. Alessandro Di Stefano) et Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Antonello Manacorda. Paris, Palais Garnier, 18 novembre 2025. Représentations suivantes : 21, 24, 27, 30 novembre, 4, 9, 12, 16, 19, 22, 25, 27 décembre.



