Paris, Théâtre Artistic Athévains jusqu’au 21 mars
Hélas de Stéphanie Tesson
Allégorie médiévale

Seule en scène, une femme qui est d’ailleurs un homme, une actrice jouant un personnage masculin – le spectacle exploite savamment l’ambiguïté sexuelle –, conte l’histoire d’un jeune garçon appelé Hélas qui abandonne le monde fermé de son enfance et part à la découverte du monde. Le texte de Stéphanie Tesson, dit « petite épopée apocalyptique », fait penser aux fabliaux du Moyen Âge, aux textes allégoriques de la Renaissance mi-sorciers mi-religieux, aux romans précieux du XVIIe siècle où les héros sont des entités abstraites traversant des contrées symboliques. Il se rapproche aussi des tableaux des Vanités, où l’être humain est confronté à la nudité d’un décor janséniste et au contact glaciaire d’une tête de mort. L’auteur, qui joue lui-même son texte, utilise deux marionnettes, dont l’une est la Mort, appelée Not To Be, et la figuration amplifiée d’un sexe masculin baptisé Zizi. L’errance du personnage va se dérouler entre ces deux pôles, qui vont s’inverser. La Mort sera l’amie, car elle est joyeuse. Zizi partira dans une fête moderne que le protagoniste – et donc l’auteur – refuse.
L’activité infatigable de Stéphanie Tesson a toujours été intéressante et foisonnante. Qu’il s’agisse de mises en scène, de jeu et d’écriture. N’a-t-elle pas inventé le principe des « fantaisies potagères » et autres, si bien représentées dans le Potager du roi à Versailles ? Elle a admirablement interprété Musset dans Le Merle blanc. On l’a vue, l’an dernier, aborder le théâtre politique avec une pièce audacieuse et originale sur les pays dictatoriaux, Rhâloche !. Avec Hiver, elle tente d’aller plus loin dans la veine allégorique qui est l’une de ses expressions. Cette fois, cela demeure confus et mal à l’aise entre le faux médiéval et la grossièreté foraine. Pourtant, la mise en scène d’Anne Bourgeois donne une belle sobriété à l’ensemble et dirige l’actrice-auteur vers un jeu étrange, fait de ruptures et de troubles, qui exerce une certaine fascination. Ce jeu, hiératique et pictural, qui semble mettre en mouvement une figure de tableau, est même très beau. Mais, chemin faisant, on n’éprouve guère l’envie d’entrer dans les arcanes de ce grimoire.
Hélas de Stéphanie Tesson, mise en scène d’Anne Bourgeois, marionnettes de Marguerite Danguy des Déserts, costume de Corinne Pagé, maquillage d’Anne Caramagnol, lumières de François Cabanat, avec Stéphanie Tesson. Artistic Athévains, 750011 Paris, 20 h, tél. : 01 43 56 38 32 (1 h 05), jusqu’au 21 mars.
© Marion Duhamel



