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Critiques / Opéra & Classique

HÄNSEL UND GRETEL de Engelbert Humperdinck

par Caroline Alexander

Les frères Grimm sur le divan : quand l’enfance se noie dans le filtre de la psychanalyse

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Hänsel, le frère et Gretel, la sœur, sont deux garnements dont le jeu préféré est de faire des bêtises. Leur mère n’en peut plus d’autant que la famine creuse les estomacs et que l’ultime broc de lait vient de se répandre sur le sol. Les gosses n’en font qu’à leur tête. Pour les punir la mère les expédie dans la forêt voisine cueillir des fraises. Ils s’y perdront puis rencontreront d’étranges créatures et de bizarres logis, comme cette maison de pain d’épice habité par une sorcière gourmande de chair fraîche…

Le conte des frères Grimm est connu de tous les bambins d’outre-Rhin, par ses airs en forme de comptines dont Engelberg Humperdinck (1854-1921) a serti son opéra - Mit den Füsschen tap tap tap, mit dem Köpfchen nick nick nick, tralalala - qui sont fredonnés comme Frère Jacques en France.

C’est un conte pour faire rire, rêver, frémir les petites têtes blondes ou brunes et pour dévoiler les dessous des peurs enfantines aux grandes personnes. Après Mireille Larroche qui en avait fait son divertissement de Noël en décembre (voir WT Hänsel, Gretel et le pain d’épice3538 du 18 décembre 2012 la critique de Christian Wasselin), il vient de faire son entrée dans le répertoire de l’Opéra National de Paris dans la chaleur des ors du Palais Garnier.

Et laisse perplexe. Pour sa première mise en scène dans la grande boutique parisienne, Mariame Clément a choisi d’en illustrer la deuxième face, celle qui s’adresse aux adultes qui ont lu Freud et connaissent le pouvoir des rêves et du subconscient. Inutile d’y emmener des enfants de moins de dix ans : ils ne comprendraient pas.

Second degré

Adieu donc la chaumière de misère où une pauvre mère se demande comment nourrir ses petits, adieu la forêt où se sont égarés les petits en question. Leurs aventures se passent à huis clos dans les pièces – salon, chambre - d’un appartement bourgeois au tournant du 19 ème et 20 ème siècle. A Vienne ou à Paris, qu’importe. Les décors superposés, étagés en boîtes ont des doubles, tout comme les personnages. Pas tout à fait les mêmes, pas vraiment différents. Les enfants qui chantent ont leurs calques en version réduite muette, les personnages féminins – les vrais et leurs sosies sont des clones de la mère – même robe, même crinière rousse - jusqu’à la sorcière de music hall qui fait danser ses balais en un ballet de french cancan…

Le second degré grimpe d’un cran. Mariame Clément allonge Hänsel et Gretel sur le divan de ses fantasmes. Avec quelques jolis effets de décors et d’éclairage – le gâteau-maison serti de friandises –…, mais la substance même du conte, son merveilleux se dilue dans le discours freudien. La démonstration est inutile ! Ce discours sous-jacent existe en lui-même, dans la lecture de notre imaginaire, le démonter, le démontrer, c’est en quelque sorte l’anéantir.

Dommage pour la musique si pleine, si dense où Humperdinck, qui travailla avec Wagner, salue son maître à coups de citations joliment détournées, de Parsifal à Siegfried, en passant par la cavalcade des Walkyries en écho aux colères de la sorcière. Claus Peter Flor, dans la fosse, en fait une chevauchée tendre et virile avec les excellents musiciens de l’orchestre maison.

Dommage surtout pour les chanteurs : Anne-Catherine Gillet, la soprano belge que Nicolas Joël avait baptisée « La Princesse de Liège » compose une Gretel adolescente tout à fait crédible, Daniela Sindram/Hänsel lui donne la réplique avec la même fougue juvénile et la grande Anja Silja s’investit en sorcière dévoreuse avec un bel appétit.

Hänsel und Gretel d’Engelbert Humperdinck, livret d’Adelheid Wette d’après le conte des frères Grimm. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Claus Peter Flor, mise en scène Mariame Clément, décors et costumes Julia Hansen, lumières Philippe Berthomé, chorégraphie Mathieu Guilhaumon. Avec Anne-Catherine Gillet, Daniela Sindram, Anja Silja, Jochen Schmeckenbecher, Elodie Hache, Olga Seliverstova .

Palais Garnier, les 14, 16, 19, 22, 24, 27 avril, 3 et 6 mai à 19h30.

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

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