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Critiques / Théâtre

Guerre, et si ça nous arrivait ? de Janne Teller

par Gilles Costaz

Choc salutaire

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  • Après son tonitruant Fuck America d’après Hilsenrath, le théâtre du Rictus, dirigé par Laurent Maindon est de retour avec ce qui est sans doute le spectacle le plus court du festival off, Guerre ou si ça nous arrivait, sur un texte de Janne Teller (un peu plus d’une demi-heure). Teller, auteure danoise qui a travaillé à travers l’Europe, s’intéresse là à la France et imagine, dans un exerce de politique-fiction, que l’Union européenne a vécu et que la France en l’une des grandes victimes. Les Scandinaves et les Anglais occupent la France au terme d’une guerre victorieuse. Ils ne reste plus aux Français un peu fortunés qu’à payer des passeurs et partir pour un pays du monde arabe, où ils pourront survivre dans des camps de toile, en dépendant là-bas d’une population pacifique, plutôt accueillante mais pleine d’idées toutes faites à l’égard des « migrants ». Jeanne Teller met le monde à l’envers. L’idée est très forte, de nous mettre nous, les privilégiés, à la place des migrants. Ses développements futuristes sont moins convaincants (comment croire à un retour de la guerre en Europe qui passerait par les Scandinaves ?). Laurent Maindon monte le texte dans un rapport inattendu, quasiment sans acteurs apparents, puisque les deux interprètes se déplacent derrière un grand écran translucide sur lequel sont projetés des images aux formes arachnéennes. Une vox off, féminine et indifférente, conte les événements. Les spectateurs sont ainsi placés dans une relation sensorielle et intellectuelle troublante. Beau travail sur la perception et choc salutaire. Les migrants, c’est nous. Ou ce pourrait être nous. La pensée ne vous quitte pas au sortir de cette fine utilisation des diverses virtualités.

Guerre et si ça nous arrivait ? de Janne Teller, traduction de Laurence W. O. Larsen (éditions Les Grandes Personnes), mise en scène de Laurent Mandon, voix et manipulation de Claudine Bonhommeau et Manon Solange Malenfant, bande son de Jérémie Morizeau, lumières et manipulation de Jean-Mar Pineau.

Festival d’Avignon off : Présence Pasteur, 9 h 50, tél. : (Durée : 35 mintes).

Photo Laurent Maindon.

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