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Gabriel Le Doze : Sarraute, un grand classique

par Gilles Costaz

Il joue "Elle est là" à la Manufacture des Abbesses.

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Gabriel Le Doze a tenu les plus grands rôles dans les plus belles équipes. Ces dernières années, on l’a peut-être surtout vu jouer le philosophe dans Le Neveu de Rameau de Diderot dans la mise en scène de Jean-Pierre Rumeau, en compagnie de Nicolas Vaude. Il réalise à présent, avec les structures de Bis Repetita et d’Antibéa, un projet qui lui tient à cœur : jouer Elle est là de Nathalie Sarraute. Il rêve depuis longtemps d’interpréter cet auteur ; ce spectacle, pour lequel lui et ses partenaires bénéficient de la mise en scène d’Agnès Galan, est peut-être le premier d’un cycle Sarraute, où l’on pourrait voir toutes les pièces de l’auteur.
D’où vient votre intérêt pour le théâtre de Nathalie Sarraute ?
Il remonte au jour où j’ai vu C’est beau mis en scène par Claude Régy. Ça détonnait, c’était totalement original. Ça m’intriguait comme jamais. J’ai toujours voulu jouer ce théâtre-là. On ne me l’a pas proposé, j’organise ce rêve. Agnès Galan, qui avait travaillé avec Jacques Lassalle sur les pièces de Sarraute, nous met en scène. Elle avait monté, parallèlement au travail avec Lassalle, deux textes de Sarraute au Centre Pompidou. Sarraute lui avait écrit : « J’ai vraiment été étonnée par tant d’expérience du théâtre alliée à de si grandes qualités d’imagination et de sensibilité. »
Qu’aimez-vous particulièrement dans ce théâtre ?
C’est un théâtre qui réfléchit à l’humain et qui, de manière souvent drôle, nous apprend quelque chose sur nous-mêmes. Le dispositif est quasi racinien. La scène est à peu près nue et les personnages n’ont pas de nom. Juste H1, H2, H 3, F dans Elle est là. C’est très classique, au fond. On est dans l’intemporel. On part de rien. Il faut qu’il n’y ait rien ! Mais on tire un petit rien et il nous mène au tout. Ce cheminement est formidable. Sollicitée par une radio allemande, Nathalie Sarraute a vu un jour ce qu’elle pouvait faire au théâtre : par le dialogue et le sous-texte, elle brasse la matière psychique qui nous définit et qui est en jeu en nous.
Elle est là est une pièce d’une forme semblable aux autres pièces de Sarraute, ou a une place à part ?
Elle rejoint les autr
es pièces. C’est Le Silence, dont Tristan Le Doze fera une lecture-spectacle, qui une tonalité étrange et différente. Elle est là, comme les autres textes, s’adresse au public et le convoque à l’expérience qui est en cours devant ses yeux. Le personnage d’H2, qui discute avec H1, est troublé par le silence de sa collaboratrice F, qui écoutait ses propos. Il subit un « tropisme » qu’il ne parvient pas à écarter, il évolue dans une sorte de délire. Un autre personnage entre en jeu, qui est une sorte de Méphisto. Il y a quelque chose de fantastique. Mais le tour de force de Sarraute, c’est de traiter l’antagonisme humain à travers les idées, de faire de l’idée un personnage tout à fait physique. Cela évoque les répressions, le totalitarisme. On tire le fil comme un fil noir. Faut-il tuer l’idée ou la personne ?
Comment Agnès Galan met-elle cela en scène ?
Il y a sur la scène trois éléments qui renvoient au contexte d’un décor de bureau. La mise en scène d’Agnès Galan vise à rendre visible la matière psychique, ce qui est un travail assez colossal, et s’attache à une ligne malaisée à suivre puisqu’il y a, en permanence, des pensées qui s’interrompent. Agnès demande une grande économie des gestes et des déplacements médités pour que la parole et l’écoute soient puissantes. L’acteur doit descendre le texte dans le corps. Comme nous avons déjà joué la pièce en avant-premières, je peux dire que, plus nous avançons dans ce jeu, plus le texte paraît drôle.
Mais n’est-ce pas un jeu très intériorisé à l’envers d’un jeu plus ample que vous pratiquez vous pratiquez généralement ?
Non. Ce n’est pas le même jeu que lorsque vous jouez Tartuffe ou Don Juan. Mais les deux manières de jouer se rejoignent dans l’intensité psychique.

Elle est là de Nathalie Sarraute, mise en scène d’Agnès Galan, lumière de Christophe Grelié, avec Nathalie Bienaimé, Bernard Bollet, Gabriel Le Doze, Tristan Le Doze.

Manufactures des Abbesses, 19 h du mercredi au samedi, tél. : 01 42 33 42 03, du 17 octobre au 29 décembre. Lecture-spectacle du Mensonge de Nathalie Sarraute par Tristan Le Doze les 7 et 8 décembre.

Photo Frank Vallet : Gabriel Le Doze et Bernard Bollet.

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