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François Rancillac

par Dominique Darzacq

Pour ne pas en finir avec l’utopie

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Le 21 septembre François Rancillac pendait la crémaillère du Théâtre de l’Aquarium dont il est le nouveau directeur depuis mars 2009, et annonçait un programme qui met à l’affiche, Gilles Granouillet et Jean Giono, Paul Claudel et William Shakespeare, Jon Fosse et Raymond Guérin.

Le théâtre de l’Aquarium fait partie, avec le Théâtre du Soleil, et ceux de la Tempête, de l’Epée de bois et du Chaudron, de ce village, terre partagée par la volonté d’artistes à vivre un théâtre majuscule et citoyen. Collectif né sur le fécond terreau universitaire, l’Aquarium fut un des premiers à suivre l’exemple d’Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil en investissant, en 1973, un des bâtiments, pour tout dire, un hangar, de l’ancien complexe militaire qu’était la Cartoucherie, et y construire « à mains nues » un abri à la mesure de leur rêve. Épopée magnifique qui continue d’enchanter un vaste public, mais ne bouleverse guère les pouvoirs publics. En effet, riche de sa renommée, la Cartoucherie, dans son ensemble, œuvre dans la précarité et singulièrement le Théâtre de l’Aquarium, subventionné au seul titre de son statut de Compagnie. Pourtant, c’ est pour prendre la direction de ce théâtre désargenté que François Rancillac a quitté le Centre dramatique de Saint Etienne, qu’aux côtés de Jean-Claude Berruti, il dirigeait depuis 2002.

Interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à quitter le relatif confort d’un Centre Dramatique National pour une entreprise financièrement plus aventureuse, il éclate de rire et reconnaît « qu’en termes de carrière, ce n’est pas très raisonnable ». Mais, outre que pour lui, ce n’est pas en dirigeant des institutions de plus en plus grosses qu’un metteur en scène se réalise, il déplore que les moyens octroyés aux compagnies ne permettent pas aux artistes de faire des allers et retours entre la compagnie et l’institution. « Tout le monde y gagnerait » dit-il sachant bien, son parcours le lui a appris, que dans l’un et l’autre cas, la création s’y pense différemment.

Du nomadisme à l’institution
Après avoir été pendant huit ans l’assistant de l’homme de théâtre et musicien Michel Puig, auprès de qui il acquiert une solide formation musicale, en 1983, François Rancillac fonde avec Danielle Chinsky le théâtre du Binôme. En 1985, la Compagnie se fait remarquer avec un décapant Britannicus. Deux ans plus tard, elle sera couronnée par l’éphémère Printemps de théâtre à Paris, pour Le Fils de Christian Rullier. Deux spectacles emblématiques d’un répertoire où se côtoient Giraudoux et Molière, Corneille et Olivier Py, en un mot, les classiques et les contemporains, avec une prédilection pour Jean-Luc Lagarce, auteur dont il monte plusieurs pièces et notamment un mémorable Pays Lointains.
Successivement artiste associé au Théâtre de Rungis, à la scène nationale de Bar-le-Duc et au Théâtre du Campagnol, où il s’initie au travail de terrain, François Rancillac éprouve son « premier grand choc » à Bussang où il est nommé directeur artistique (1991-1994) du Théâtre du peuple, « C’était la première fois que je me confrontais à l’Histoire, avec un grand H ». Le choc sera aussi le tour de chauffe qui lui permet de passer de l’intimidant berceau du théâtre populaire au tout aussi intimidant berceau de la décentralisation qu’est le Centre dramatique de Saint-Etienne (2002-2009).
Pour « enthousiasmante et formidable » que fut l’aventure de la Comédie de Saint-Etienne « où perdure encore dans la ville l’empreinte du père fondateur Jean Dasté qui a créé chez les Stéphanois une sensibilité au théâtre dont le CDN profite toujours », François Rancillac, en tant que directeur de compagnie « avait suffisamment râler contre les directeurs des institutions qui s’accrochent à leur fauteuil pour ne pas en faire autant ». En outre, happé par le poids de l’institution, il éprouvait le besoin de changer de cap, « Je n’avais plus le temps de lire autre chose que du théâtre et les pièces qu’on venait me proposer, je craignais de me dessécher en tant qu’artiste et éprouvais le besoin de ressourcer mon imaginaire en reprenant le temps de lire des romans et d’aller au musée »

Un promontoire d’où regarder le monde
Choisir le Théâtre de l’Aquarium comme bain de jouvence n’est évidemment pas innocent. C’est pour François Rancillac, retrouver un lieu créé à la force du rêve et de toutes pièces « par des artistes qui croyaient dur comme fer, contre tous les cynismes d’hier et d’aujourd’hui, que le théâtre n’a de sens que s’il est fondamentalement public » et, par là même, renouer avec l’utopie qui animait ses fondateurs et la remettre au travail pour aujourd’hui, avec la complicité d’une équipe enthousiaste et prête à se retrousser les manches.
Comme pour bien marquer qu’il s’inscrit dans l’histoire de l’Aquarium et en osmose avec l’esprit qui infuse la Cartoucherie, où chacun dans son approche et sa facture, fait de son territoire le promontoire d’où s’observe le monde, il inaugure sa direction en reprenant une de ses dernières créations Zoom qui raconte la vie déglinguée et les rêves impossibles d’une Mère courage des temps modernes (voir la critique de Jean Chollet dans la rubrique Théâtre )

Partage et transmission
Vouloir être à l’Aquarium pour retrouver la « fabrique » théâtre et son artisanat au quotidien, certes, mais pas en solitaire, « J’ai besoin de dialoguer, de travailler en binôme et il me semble très important de partager cet outil de création » explique François Rancillac qui a demandé à Antoine Caubet, dont le travail est différent du sien, d’être l’artiste associé au Théâtre de l’Aquarium. A ce titre, il participe pleinement à la vie du théâtre et aux actions mises en place pour élargir le public , comme à ce « travail invisible » mais nécessaire que sont les ateliers.
Sous-doté financièrement, le théâtre dispose d’un luxe formidable, l’espace que son nouveau directeur entend mettre à profit pour faire de l’Aquarium « non seulement un lieu de création, mais aussi un laboratoire où s’expérimentent les formes, un chantier de réflexion et de rencontres où se croiseront et échangeront auteurs, metteurs en scène, plasticiens, chorégraphes, musiciens…un lieu où on se donne le temps de chercher, d’inventer de se tromper ». Un lieu où l’on se préoccupe aussi de formation et de transmission qui vont de pair avec l’insertion professionnelle. Aussi, outre des ateliers et des stages destinés aux professionnels et aux jeunes apprentis comédiens, François Rancillac envisage-t-il « un projet fou », celui d’un Festival des écoles qui rassemblerait sur l’ensemble de la Cartoucherie plusieurs spectacles de sortie des Écoles nationales supérieures d’art dramatique. « Je me dis qu’avec ses cinq théâtres, côte à côte, la Cartoucherie est un lieu idéal pour rassembler, dans un moment festif, le public et les professionnels autour de spectacles qui sont souvent des moments de théâtre pleins de fougue et d’enthousiasme ».
En fournissant ses propres chimères où se conjuguent l’incandescence de la création et l’obstination à défendre l’idée d’un théâtre service public,« même si aujourd’hui ça n’est pas très glamour »,François Rancillac s’inscrit pleinement dans l’aventure du Théâtre de l’Aquarium.

crédit photographique : Régis Nardoux

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1 Message

  • François Rancillac 6 août 2011 18:43, par Michèle MacHenin Murzilli

    {}Bonsoir Monsieur François Rancillac,
    J’ai beau chercher une petite ressemblance, un petit air de famille, je n’en vois pas. Des Rancillac de Rancillac, il y en a sur plusieurs branches et sous ce patronyme se trouve ma soeur (ainsi que toute sa famille), Dominique.
    Je viens juste de faire votre connaissance, comme ça, "with mister google !"
    Je suis une dame de 68 ans, mais je me nomme Michèle MacHenin Murzilli, de mon troisième mariage de raison : mon homme est un Grand Invalide de la triste Guerre d’Algérie et, maintenant, j’en connais un rayon !
    Savez-vous ce qui me fait envie (parce que je suis plutôt artiste, tout en étant absolument polyvalente et maîtresse de maison), faire du théâtre, comme ça, sur un coup de tête ! On verra bien !
    Quand j’avais quinze, une bonne soeur, dans l’Ecole privée ou je faisais mes études de secrétariat (c’était la mode à l’époque, 1958, soit dix ans avant la révolution de Mai et que nous n’avions qu’un seul enfant, Jean-Michel), m’avait interpellée "alors le papillon ??" et je fus baptisée "papillon". En effet, ma vie durant, j’ai effleuré pas mal de fleurs. Mais jamais les fleurs du mal, sauf celles de Baudelaire !!!

    D’autre part, au présent absolu, je suis la cousine par alliance, de Madame Michèle Torr. Une Michèle de plus ou de moins... Je suis prolixe en écriture et j’espère bien publier quelques ouvrages (dont la biographie de mon cher et pas très tendre époux). Bientôt, l’on va me cataloguer "La folle des Contreperrières" ! pourquoi pas. J’ai tellement d’imagination, que me voici envolée, tel un papillon, car voici un titre qui pourrait convenir à mes très savoyards et indépendantistes racistes, pour la plupart !

    J’aurais du plaisir à recevoir un petit mot de votre part, afin d’ensoleiller mon banal quotidien (un homme dans un fauteuil roulant que je bichonne énormément, mais qui me tient auprès de lui comme un petit chien docile et fidèle). L’un de mes fils qui vit en Chine depuis deux ans est acteur de cinéma. Et ce n’est que grâce à Skype que, de temps en temps, entre deux tournages, nous pouvons converser ! C’est dur pour une maman.

    Je suis heureuse de vous avoir découvert. Amicalement.

    Michèle

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