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Critiques / Théâtre

Fille/Mère de Diastème

par Marie-Laure Atinault

Duel au sommet pour trois comédiens

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La jeune femme rentre et invective sa mère. Elle a une ivresse mauvaise. La mère tient bon, un verre de cognac à la main. Les deux femmes boivent sans que leur saoulerie leur apporte l’oubli ou la consolation. Un secret terrible les unit, un chagrin incommensurable, une faute. La fille dit que c’est Sa faute, et dans son attitude faite de reproche, d’autodestruction, d’agressivité contre sa mère, elle crie son désespoir. Elle est comme ces vagues déferlantes qui s’écrasent contre les barrages. La mère est comme un rempart, elle résiste, elle reste chaos debout car elle sait d’instinct que si elle baisse les bras, sa fille s’écroulera irrémédiablement. Leur vie est en suspens. Dans ces nuits d’errance et de divagation dans les bars en quête d’une saoulerie anesthésiant sa douleur animale, elle rencontre un homme, qu’elle trouve très bien pour sa mère. Car elle aime sa mère, et sa solitude la préoccupe. L’homme arrive dans ce foyer bancal, et une petite lumière surgit.

Diastème n’a pas son pareil pour décortiquer les méandres du cortex. Il connaît le chant des sirènes, il sait la longue plainte des êtres qui souffrent, il connaît le vocabulaire contradictoire de cette spirale abyssale de la douleur qui vous prend aux tripes et qui vous transforme telle la potion maléfique d’un docteur Jeckyl. Le sujet est grave, comment vivre après un drame intime qui vous détruit de l’intérieur. La relation mère-fille est forte, contradictoire, relevant souvent de l’invisible, de ce lien étrange, presque mystique qui peut relier deux êtres au-delà du rationnel. Le cordon ombilical, bien sûr mais bien autre chose de plus fort, ou les mots les plus durs, les gestes les plus violents, répondent à un registre de sentiments, de ressentis, qui n’est pas forcement explicable. Une mère a la capacité de vivre, de ressentir dans leur propre chair, les flux qui traversent leur enfant. Diastème a écrit une scène profondément drôle, emmenée par un Jean-Jacques Vannier inattendu, offrant aux deux femmes et au public de rirent comme on respire un bol d’air frais.

Nous avons envie de vous dire que si, avant de voir Fille /Mère, vous n’aimiez pas Évelyne Bouix, vous repartirez épater par la qualité de cette comédienne dont le jeu est entièrement tendu, tout en nuance, ses silences sont comme des bouées de sauvetage lancées vers sa fille en train de se noyer. Elle est comme une balise en pleine mer. Ce rôle si délicat, elle le transcende avec humanité et élégance. Certainement l’une de ses plus belles compositions. Andréa Brusque a le rôle difficile de cette fille hargneuse, car malheureuse que l’on a envie, au début de gifler, puis l’on comprend qu’elle étouffe de chagrin. Elle sait balancer ses sentiments contradictoires pour donner corps à ce personnage, sans l’abandonner à la détestation. Une jolie performance. Il est particulièrement frustrant pour nous de ne pas pouvoir vous révéler certain aspect du personnage si réussi de Jean-Jacques Vannier, qu’il joue avec ce décalage de clown triste, si attachant. Mais nous souhaitons que vous puissiez le découvrir comme nous. Diastème est l’un de nos grands auteurs, le texte nous vrille au cœur mais il est également un grand directeur d’acteur, son trio haut de gamme nous joue une musique de nuit, belle comme une valse mâtinée d’un tango. C’est beau, tragique et émouvant comme l’aurore.

Fille /Mère} Texte et mise en scène Diastème Avec Évelyne Bouix, Andréa Brusque, Jean-Jacques Vannier Festival Off Avignon Théâtre du Chêne Noir jusqu’au 28 juillet à 21h15 tél : 04 90 86 74 87 }}

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