Festival Obaldia

Vive les « Fantasmes de demoiselles » !

 Festival Obaldia

Le festival consacré à l’auteur de Genousie par deux théâtres associés, le Ranelagh et le théâtre 14, célèbre René de Obaldia qui, à plus de 90 ans, reste le plus insolite et le plus inventif de nos académiciens. D’ailleurs, lui-même monte en scène certains soirs pour conter sa vie théâtrale, documents films et fantaisie du langage à l’appui. Bien des gens sont venus participer à l’hommage : Jean-Loup Dabadie a lu les souvenirs de l’auteur, Exobiographie ; Patrick Préjean joue dans Du vent dans les branches de sassafras, mis en scène par Thomas Le Douarec, le rôle créé autrefois par Michel Simon… Mais notre attention va plus particulièrement au spectacle donné au théâtre 14, Fantasmes de demoiselles, mis en scène par Pierre Jacquemont.

Ces Fantasmes sont un texte récent d’Obaldia (il a paru chez Grasset en 2006). Le titre peut faire naître quelques doutes ou quelque perplexité. Comment un homme peut-il se déclarer compétent à propos de l’intimité des jeunes filles ? Mais le titre, comme le sous-titre (Femmes faites ou défaites cherchant l’âme sœur), est une facétie. Il s’agit plutôt d’une série de petites annonces poétiques qui retrouve l’esprit des Innocentines de l’auteur, en flânant cette fois dans les contextes sérieux ou érotiques. Chaque poème commence par le mot « cherche », comme on cherche par l’intermédiaire d’un journal un appartement ou une voiture d’occasion. Un exemple : « Cherche un amant / Aussi beau qu’un éléphant / Eléphant avec des ailes / Ayant des douceurs de gazelle ». Cela semble écrit au fil de la rime et c’est sans doute vrai. Mais la rime, chez Obaldia, va loin. En ne produisant jamais le mot attendu, elle trouve à la fois la profondeur, le burlesque, la satire et la valeur ajoutée du surréalisme.

Pierre Jacquemont avait déjà monté, avec une superbe cocasserie, les Innocentines – qui seront reprises dans une nouvelle version prochainement au Ranelagh. Confronté aux textes des Fantasmes et à leur mise en musique virtuose par Lionel Privat, il imagine une situation qui sert de dénominateur commun : deux secrétaires travaillant dans un bureau et rêvent en parallèle à des homme idéaux. Les deux femmes comme le bureau ne tiennent pas en place ! Elles se transforment, le bureau se désarticule comme un lego, des aires de jeu s’ouvrent à l’arrière-scène et dans la hauteur des deux côtés. Les acteurs ne cessent de changer d’apparence, de costume, de place et de jeu. La mise en scène donne à voir le délire de cette accumulation de rêves en folie – ce qui est déjà d’une grande drôlerie – mais en fait sentir les implications personnelles et sociales, toutes les tragédies qu’implique la véritable comédie. Manon Landowski est d’une foudroyante précision dans l’explosion, Isabelle Ferron crée un personnage de grande bourgeoise dont elle tire brillamment des semblables et leurs contraires, Laurent Conoir n’a pas son pareil pour railler les parangons de solennité, Pierre Jacquemont est brûlant, avec un fond d’angoisse, dans tous les individus qu’il dessine. Pas de musique enregistrée, mais de la belle musique vive avec Stéphane Pic, Raphaël Sanchez et Thierry Boulanger. Comme, en 68, il y avait sous les pavés la plage, il y a, dans ce spectacle parfait, des abîmes sous les rires.

Fantasmes de demoiselles de René de Obaldia, mise en scène de Pierre Jacquemont, musique de Lionel Privat, chorégraphie et collaboration artistique de Sonia Enquin, 
concept scénique de Michel Lebois, costumes d’Isabelle Beaudoin, lumière de Pascal Sautelet, avec Manon Landowski, Isabelle Ferron, Lauront Conoir, Pierre Jacquemont, Raphaël Sanchez (en alternance ave Thierry Boulanger et Vincent Leterme, piano), Stéphane Pic (percussions, accordéon). Théâtre 14-Jean-Marie Serreau, tél. : 01 45 45 49 77, jusqu’au 23 octobre, puis au Ranelagh.

Au Ranelagh, tél. : 01 42 88 64 44 : Du vent dans les branches de sassafras, mise en scène de Thomas Le Douarec, jusqu’au 19 novembre, 21 h. En même temps, à 19 h (mais en alternance, une semaine sur deux, jusqu’au 23 octobre) : L’Amour à trois, mise en scène de Thomas Le Douarec et Pierre Forest et Le Bal d’Obaldia, mise en scène de Stéphanie Tesson. Les lundis 17 et 31 octobre, et le lundi 14 novembre : Obaldia sur scène.

Photo Lot

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter depuis un quart...

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1 Message

  • Festival Obaldia 5 octobre 2011 20:24, par anne

    Oui, c’est merveilleux, très drôle, malicieux... et touchant !

    Répondre au message

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