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Critiques / Théâtre

Faust d’après Goethe

par Gilles Costaz

Une virtuosité diabolique

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Monter Faust est l’une des entreprises les plus périlleuses qui soient. La trame est claire, certes : un vieux savant vend son âme à Méphistophélès pour retrouver la jeunesse ; il profitera un peu de la vie et de la beauté de Marguerite avant de payer cher l’utopie de défier le temps et l’implacable destin des hommes. Mais l’énorme pièce de Goethe est bien plus que cela. C’est un gigantesque poème philosophique où s’inscrivent les tourments multiples d’un écrivain dont le défi est égal à celui de Faust. Gaële Boghossian en a fait une adaptation très concentrée et pourtant très riche. Elle se passe à la fois à l’époque romantique et en des temps plus modernes, puisqu’il est question, dans la dernière partie où le thème de la puissance par l’argent remplace la hantise de l’amour, du Kaiser, de l’inflation en Allemagne dans les années 30 et de la folie guerrière qui s’ensuivit.
Difficile de résumer un spectacle du collectif 8, cette exceptionnelle troupe basée à Nice qui maîtrise la vidéo comme personne et qui, par ses flux d’images, n’annule pas l’artisanat du théâtre mais élargit son espace-temps. La technique est, ici, d’une virtuosité diabolique ! Rien à voir avec Castorf ou Gosselin ; l’image devient un matériau de théâtre. Dans un décor à deux niveaux (et même trois, si l’on compte la place surélevée d’un musicien étonnant, Clément Alhaus, tantôt visible, tantôt invisible) sans cesse modifié par les projections, la soirée commence comme un feuilleton romantique et se poursuit dans une grande liberté brassant les climats, les références culturelles et historiques. Paulo Correia incarne d’abord Méphistophélès, puis Faust, puisque le vieil homme est devenu jeune : il est d’une autorité, d’une flamme, d’une vivacité de grand comédien à l’ancienne (type Jules Berry et autres Pierre Brasseur qui vivent toujours dans nos cinémathèques). Fabien Grenon emprunte évidemment le chemin inverse en étant tour à tour le vieux Faust et un Méphisto qui a changé d’identité. Ce tour de passe-passe, cette inversion des rôles sont épatants, et Grenon est un acteur qui sait passer de la violence à la douceur. Enfin, Mélissa Prat est une très vibrante Marguerite.
Fleuve du mal, fleuve du bien, fleuve du temps, fleuve des ténèbres, fleuve de la conscience le spectacle de Gaële Boghossian et du collectif 8 est à la confluence de tous ces bouillonnements dans une grande beauté plastique et une parfaite nervosité de l’interprétation.

Le Voyage immobile du docteur Heinrich Faust d’après Goethe, adaptation et mise en scène de Gaële Boghossian, création vidéo de Paulo Correia, création musicale et interprétation en direct de Clément Althaus, lumières de Samuèle Dumas, costumes de Gaëlle Boghossian, scénographie collectif 8 et Divine Quincaillerie, avec Paulo Correia, Fabien Grenon et Mélissa Prat.

Avignon off, Le 11 Gilgamesh Belleville, 10 h15, tél. : 04 90 89 82 63. (Durée : 1 h 45).

Photo Meghen Stanley.

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