FORTUNIO d’André Messager

Cinquante bougies soufflées en musique et nostalgie

 FORTUNIO d'André Messager

Un demi-siècle pour l’un, un quart de siècle pour l’autre : l’Opéra- Théâtre de Limoges célèbre un double anniversaire : cinquante ans d’existence pour l’institution née en 1963, vingt-cinq ans de compagnonnage avec l’Orchestre de Limoges et du Limousin. En 1963 prenait corps, en plein centre-ville, l’édifice de ce Grand Théâtre qui deviendra Opéra-Théâtre.

Durant toutes ces années, il a accueilli un pot-pourri coloré d’événements, théâtre, music-hall, ballets et des musiques de toutes sortes, de chambre, d’opéra ou du monde. L’institution est fière de ses chiffres : trois mille représentations, trois mille abonnés et deux millions et demi de spectateurs recensés.

Souvenirs d’hier, projets pour demain : la saison 2013-2014 s’articule autour de tous les thèmes chers à la maison, danse, théâtre et musiques variées.

Le 17 mars 1963, le rideau inaugural se levait sur Fortunio, comédie lyrique d’André Messager née le 5 juin 1907 à l’Opéra Comique de Paris. C’est la même œuvre qui lance l’année du cinquantenaire, un Fortunio aux couleurs du Limoges des années soixante, ses robes acidulées, tailles fines et jupes larges, déhanchements de twist, ses maisons bourgeoises et sa place animée d’une sculpture en rotation.

Ce décor en clin d’œil à sa ville s’adapte avec naturel au vaudeville musical que Messager (1853-1929) et ses librettistes de Flers et Caillavet tirèrent du Chandelier de Musset, une comédie mode d’emploi de l’adultère au romantisme facétieux. Fortunio est le nom de bonne ou mauvaise fortune d’un naïf patapouf devenu apprenti clerc de notaire à la suite du coup de foudre fulgurant ressenti pour Jacqueline, la très (trop) jeune épouse du notaire maître André. Mais Jacqueline en pince pour Clavaroche et son fringant uniforme de capitaine. Leurs rencontres sont hélas hasardeuses à cause de la jalousie inquisitrice du barbon de mari. Raide d’amour, Fortunio arrive pile pour tenir la chandelle des amants et détourner les soupçons du cocu. Le vaudeville bat son plein mais, parole de romantique, les beaux sentiments mettront du pastel dans les cœurs et Fortunio aura sa récompense.

Messager habille les péripéties des couples de rythmes dansants et de quelques grands airs qui, une fois entrés dans les oreilles, n’en sortent plus. Comme l’escarpolette que pousse sa Véronique, l’un de ses grands succès, Fortunio fait valser les nostalgies avec ses incontournables « J’aimais la vieille maison grise », « Si vous croyez que je vais dire qui j’ose aimer » ou autre « ah si j’étais femme, aimable et jolie… ». En drôlerie rêveuse, ce Messager prend des couleurs « mélan-comiques ».

Le plateau du Grand Théâtre est sans doute trop vaste pour l’intimité de ces gentils jeux d’amour et de duperie, mais l’équipe réunie à Limoges réussit pourtant à en faire jaillir le charme. Malgré la chorégraphie approximative des badauds du premier acte, malgré les disproportions de la chambre qui, à l’acte deux, abrite les amours clandestines, l’ensemble de la distribution, dans une mise en scène juste et sans tapage, habite les lieux avec aisance, les personnages sont campés avec humour. Amel Brahim-Djelloul, soprano toujours jolie fille, toujours en jolie voix (mais toujours à court de volume) s’approprie les coquetteries de Jacqueline, le baryton Franck Leguérinel rend le mari trompé plus finaud que bêta, Alexandre Duhamel roule des mécaniques bien huilées en capitaine amant, Christophe Berry au timbre clair met pudeur et retenue dans la peau de Fortunio. C’est Landry, son cousin, chanté et joué par le dynamique baryton Christophe Gay qui conquiert la jeune génération du public en faisant swinguer Messager à la façon des jerks et madisons des sixties.

Fin connaisseur des mélodies chaloupées d’Offenbach ou de Johann Strauss, Claude Schnitzler met en cadences légères l’Orchestre de Limoges et du Limousin.

Les bougies du cinquantenaire ont été soufflées avec le sourire.

Fortunio d’André Messager, livret de Robert de Flers et Gaston de Caillavet d’après Le Chandelier d’Alfred de Musset. Orchestre de Limoges et du Limousin, direction Claude Schnitzler, chœur de l’Opéra-Théâtre de Limoges, chef de chœur Jacques Maresch, mise en scène Emmanuelle Cordoliani, décors Emile Roy, costumes Julie Scobeltzine, lumières Vincent Muster. Avec Christophe Berry, Amel Brahim-Djelloul, Franck Leguérinel, Alexandre Duhamel, Christophe Gay. Et Martial Andrieu, Jean-Noël Cabrol, Yeon-Ja Jung, Georges Gautier, Edouard Portal, Elisabeth Jean
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Opéra Théâtre de Limoges, les 10 et 12 novembre 2013.


05 55 45 95 95 – www.operalimoges.fr

Photos : Ville de Limoges/Laurent Lagarde

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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