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Critiques / Opéra & Classique

Et in Arcadia ego - musiques de Jean-Philippe Rameau

par Caroline Alexander

Rameau en dérapages incontrôlables

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Accueil en brouhaha au soir de la première de la nouvelle création de l’Opéra Comique. Les huées ont largement étouffé les bravos et applaudissements quand la metteur en scène vint saluer avec son équipe. L’écoute de ce montage-assemblage de pièces de Jean-Philippe Rameau avait séduit, sa réalisation scénique a mis les esprits sens dessus dessous.

Dans la filiation de la Miranda qui avait ouvert sa saison 2017-18, Olivier Mantei, patron de l’Opéra Comique a repris ce concept d’assemblage-collages d’extraits d’œuvres diverses d’un compositeur. Mais la jolie réussite obtenue pour Purcell par Raphaël Pichon et Katie Mitchell (voir WT du 28 septembre 2017) ne trouve pas d’écho dans son transfert sur un Rameau au titre énigmatique signé cette fois par Phia Ménard pour la mise en scène et Christophe Rousset pour la musique. Si ce dernier toutefois sauve le navire du naufrage, les partis pris, images, décalages et dérapages de la mise en scène laissent perplexe.

La densité de l’ouverture (extraite de Zaïs), le souffle de ses attaques, la parfaite maîtrise de ses envolées font espérer le meilleur. Un premier choc fait basculer les sens : un mur de lumières chute sur le public ébloui et contraint de fermer les yeux. Puis défile une avalanche d’images, un torrent de situations en décalages constants qui font basculer Rameau dans un embrouillamini d’effets spectaculaires dont il est souvent difficile de décrypter le sens.

Le thème choisi par le romancier-cinéaste, homme de théâtre et librettiste Éric Reinhardt n’est rien moins que la vie. Une vie qu’il découpe en étapes, de l’enfance à la mort, de l’âge adulte aux vieux jours, une vie en noir, faite de douleurs et de désillusions. Une existence qu’il situe dans un futur précis : le 8 février de l’an 2088. Marguerite, la narratrice de ses textes, aurait 95 ans, elle connaîtrait la date de sa fin de vie et se souviendrait en sept étapes de son parcours sur la planète terre… Ses pensées s’inscrivent en lettres blanches sur le fond noir du rideau de fer. Elles infiltrent les extraits chantés dont Reinhardt a réécrit les passages. Le résultat n’est guère convaincant, substituant à la prosodie originale de Rameau, des bouts de phrases aux relents ésotériques qui défilent tels des sous-titres de films lancés en plein écran.

En Marguerite chantante, dansante, voire acrobate la jeune mezzo-soprano Lea Desandre a la lourde tâche d’habiter seule les escales de cette vie réinventée. A défaut de véritable ampleur sa voix à l’impeccable diction, fait rouler des graves onctueux, lance des aigus en cris pointus, se repose sur un medium de confidence. Sa performance sidère par sa grâce et sa souplesse de quasi trapéziste.

Avec les choristes de l’ensemble Les éléments, dissimulés dans la fosse, en coulisses, dans des loges, physiquement invisibles mais omniprésents à l’oreille, avec les instrumentistes des Talens Lyriques que Christophe Rousset dirige en fin connaisseur des musiques d’autrefois, avec Lea Desandre en meneuse de revue baroque, cette trop singulière incursion en terre d’Arcadie, n’aura pas été complètement sans issue.

Et in Arcadia ego sur des musiques de Jean-Philippe Rameau, livret et dramaturgie d’Éric Reinhardt, orchestre Les Talens Lyriques, direction Christophe Rousset, chœur Les éléments, mise en scène, décors & costumes Phia Ménard avec Éric Soyer (décors) et Fabrice Ilia Leroy (costumes). Avec Lea Desandre, mezzo-soprano.

Opéra Comique, les 1er, 3, 5, 7, & 9 février à 20h, le 11 février à 17h
0825 01 01 23 – www.opera-comique.com

Photos Pierre Grosbois

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