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Entre Grenoble et Paris, Nasser Djemaï

par Gilles Costaz

L’addition des cultures

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On connaît Nasser Djemaï, comme auteur, acteur et metteur en scène, depuis pas mal d’années. Invisibles l’a propulsé comme l’un des grands artistes français : ce spectacle représentait, dans une esthétique bouleversante, les travailleurs algériens appelés par la France et oubliés par elle dans des foyers où ils étaient livrés à la pauvreté, l’ennui et l’ingratitude. Son écriture a ensuite évolué vers la représentation de la cellule familiale. Après Vertiges, il crée à Grenoble Héritiers. Cette nouveauté et la reprise d’Invisibles et de Vertiges constitueront en janvier, en région parisienne, une sorte de trilogie, dont les spectacles seront répartis entre la Colline et la MC 93 de Bobigny. Dans l’immédiat, la nouvelle pièce voit le jour à Grenoble.
Webthéâtre. Vous êtes né à Grenoble. Vous êtes installé à Grenoble et vous êtes artiste associé à la MC2 de la ville. Vous avez eu un parcours totalement grenoblois ou plus varié qu’on pourrait le penser ?
Nasser Djemaï : Je suis né à Grenoble, dans une famille qui venait d’Algérie. Mais, par amour du théâtre, je suis allé parfaire ma formation à Londres. J’ai joué en anglais, au théâtre et à la télévision. Ensuite, je me suis installé à Paris. Je suis revenu à Grenoble plus tard. A la MC2, Michel Orier puis Jean-Paul Angot m’ont donné des conditions de création optimales. Non, mon parcours n’a pas été immobile ! Et je porte plusieurs cultures, je suis riche de ces cultures.
Que représente pour vous cette nouvelle création, Héritiers ?
La pièce est dans la continuité de Vertiges. Je poursuis mon questionnement sur les débris qui restent de l’ancien monde, mais dans un autre milieu social, la bourgeoisie, et sur la transmission des héritages. Aujourd’hui, tout se parcellise. La cellule familiale se transforme. Les grandes maisons et les grandes dynasties industrielles se disloquent. Je pense que je vais plus loin en développant une dimension fantastique.
Qu’est-ce qui l’emporte, le tableau social ou l’histoire de vos personnages ?
On peut dire qu’il y a trois cercles. Le premier relève de l’intime : c’est l’histoire de Julie, une femme moderne qui est sur tous les fronts, qui porte frère, mère, mari, et se fait avaler par ce qu’elle défend. Le deuxième cercle, c’est le monde d’aujourd’hui : la désertification des campagnes, la désindustrialisation, l’obsession du changement climatique… Quant au troisième cercle, il est fantastique, avec une créature mystérieuse, un « homme du lac » qui intervient. C’est la dimension des éléments, de la nature, du cosmos, de l’au-delà. Ces trois composantes sont là toutes ensemble, enchevêtrées.
Comment écrivez-vous, selon quel processus ?
L’écriture s’échelonne sur un an et demi. Je dégage d’abord une atmosphère, les grandes lignes. Après, je vois combien de personnages naissent, dans quelle famille ils s’inscrivent. Je ne pose pas une réplique sans avoir la structure. L’architecture trouvée, je travaille par séquences. Même si je défriche et balise beaucoup, je reste dans l’inconnu. J’aime ce proverbe israélien : « Ne demande pas ton chemin aux voisins, tu risques de ne pas te perdre. »
Quand j’écris, je joue tous les personnages, je sens quand le texte en bouche. Il y a donc peu de corrections aux répétitions. Pour Héritiers, ce qui a été ensuite difficile à mettre au point, c’est la scénographie, conçue par Alice Duchange. L’idée est qu’aux trois quarts de la pièce, tous les champs du possible s’ouvrent à nous. Le spectacle semble aller vers un chaos général et, soudain, les possibilités se déploient à l’infini ! On a beaucoup questionné l’espace pour qu’il joue avec nous et non pas contre nous.
A Paris et à Bobigny, en janvier, Héritiers sera représenté en même temps que Invisibles et Vertiges.
Wajdi Mouawad, à la Colline, et Hortense Archambault, à la MC 93, ont voulu qu’on puisse voir un parcours de mon théâtre. Par chance que tous les comédiens des créations précédentes ont pu reprendre leurs rôles. Invisibles, c’était en 2011. Vertiges, en 2018. Toute une évolution…

Héritiers de Nasser Djemai, avec Anthony Audoux, Sophie Rodrigues, Coco Felgeirolles, Chantal Trichet, David Migeot, Peter Bonke et François Lequesne.
MC2, Grenoble, du 14 au 22 novembre. Tél. : 04 76 00 79 00.
Cycle Nasser Djemaï : Invisibles à la MC 93, Bobigny du 8 au 18 janvier, Héritiers et Vertiges à la Colline, du 9 janvier au 8 février. Textes aux éditions Actes Sud Papiers.

Photo Luc Jennepin.

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