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Critiques / Théâtre

En héritage de Joël Dragutin

par Gilles Costaz

Aquarium humain

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Pour mieux analyser les modes de pensée, Joël Dragutin se tient à l’écart des modes d’écriture. Il va droit, direct, sans circonvolutions, balance sur scène les mots d’aujourd’hui. Depuis la fameuse Baie de Naples où il faisait tourner en boucle le discours bourgeois, il a accompli un travail de plus en plus sociologique, traquant de pièce en pièce le discours technocratique et les langages professionnels de notre temps, où les mots nouveaux courent frénétiquement vers une vacuité de plus en plus béante. Si les dernières pièces se ressemblaient par leur forme de tableaux d’une oligarchie plus dominée que dominante, le nouveau texte, En héritage, se tourne davantage vers la jeunesse. Lors de rencontre échelonnées sur neuf mois, quatre jeunes gens, c’est-à-dire, quatre individualités qui sont en même temps deux couples, s’interrogent sur leur vie, émettent des projets, se racontent, disent leurs espoirs. Tout y passe : les difficultés financières, la perspective d’être parents, les discours politiciens, les modes de vie écologistes, la planète que nos générations laisseront à leurs descendants, la vie avec les nouvelles techniques, jusqu’à l’implantation de puces électroniques dans le cortex…
C’est un tourbillon. Dragutin effectue de longues enquêtes puis propulsent les mots, les pensées qu’il a entendues dans des dialogues et des soliloques nerveux et contrastés. Pas de temps mort, pas de ralentissements, pas de nuances. C’est craché sans fin dans une pulsion de vie qui ne veut jamais s’essouffler. D’où un style de théâtre peu banal, où les acteurs, Nacima Bekhtaoui, Zoé Schellenberg, Nicolas Schmitt et Manuel Severi, font feu des quatre fers avec une vérité confondante. Les projections d’images abstraites et de lumières nocturnes créent un climat d’aquarium humain chic et inquiétant à la fois. Dragutin et ses comédiens ont l’art de troubler le jeu traditionnel du théâtre en proposant un objet tranchant et suprenant.

En héritage de Joël Dragutin, mise en scène de l’auteur, scénographie de Michel Jaouen, lumière de Nicolas Sionin, son de Marianne Pierré et Thierry Arnold, costumes de Stefan Früh, avec Nacima Bekhtaoui, Zoé Schellenberg, Nicolas Schmitt et Manuel Severi.

Théâtre 95, Cergy-Pontoise, tél. : 01 30 38 11 99, jusqu’au 19 février. (Durée : 1 h 50).

Photo Jean Piard.

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