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Critiques / Théâtre

Du ciel tombaient des animaux de Caryl Churchill

par Brigitte Coutin

Conversations dans un jardin anglais

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Caryl Churchill, née à Londres en 1938, est une dramaturge majeure et influente sur la scène britannique qui depuis cinq décennies invente des formes dramatiques pour évoquer les désordres du monde, défendre la cause des femmes, aborder des questions sociales et politiques. Le théâtre de Caryl Churchill, peu connu en France, est militant, en prise directe avec le présent. Du ciel tombaient des animaux a été créé en 2016 à la Royal Court de Londres. En 2018, Caryl Churchill a reçu le prix de la Writers ’Guild of Great Britain pour sa contribution exceptionnelle à l’écriture.

Dans un jardin anglais, à l’heure du thé, trois femmes âgées, Sally, Vi et Lena sont installées pour passer un moment amical qui rompt leur solitude. Surgit une quatrième femme, Mrs Jarrett, « Je marche dans la rue et il y une porte entr’ouverte dans la palissade et derrière, trois femmes que j’ai déjà vues… alors j’entre ». Sally, la maîtresse des lieux l’invite à se joindre à elles. Sally, Vi et Lena bavardent, évoquent des souvenirs, les changements dans la ville, les enfants, les séries télévisées, leurs problèmes de santé, les choses de la vie avec ses joies, ses secrets et ses angoisses. Progressivement, grâce à l’interprétation talentueuse des comédiennes, la personnalité de chacune se dessine, les échanges se font plus âpres et apparaissent les fêlures, les phobies des chats ou des oiseaux de Sally ou le passé violent de Vi. Ces brides de vie font penser à Duras.
Ponctuant les échanges des trois femmes, Mrs Jarrett, Dominique Valadié remarquable, s’extirpe du groupe et, telle une Cassandre des temps modernes, évoque des éboulements, des inondations, des masques à gaz, des univers futuristes où les voitures volent et les immeubles se déplacent, un monde apocalyptique, une désintégration dystopique de la société qui sollicite notre imagination. Ces tirades prophétiques dénoncent violemment les maux et les dérives du monde actuel, les surexploitations dangereuses des ressources naturelles, un urbanisme incontrôlé, une hyper-digitalisation de la société et une mondialisation inquiétante. Le propos est engagé, sérieux, effrayant et l’humour très noir. L’écriture de Caryl Churchill, poétique et jubilatoire, originale, a quelque chose de l’absurde du théâtre de Beckett que le metteur en scène Marc Paquien a précédemment mis en scène. Les quatre comédiennes Charlotte Clamens (Lena), Danièle Lebrun (Sally), Geneviève Mnich (Vi) Dominique Valadié (Mrs Jarrett) sont absolument formidables et servent le texte avec brio pour mettre en valeur l’humour et l’inquiétante étrangeté de cette pièce.

Du ciel tombaient des animaux de Caryl Churchill, mise en scène de Marc Paquien assisté de Julie Pouillon, traduction de Elisabeth Angel-Perez, avec Charlotte Clamens, Danièle Lebrun, Geneviève Mnich, Dominique Valadié. Décor d’Emmanuel Clolus, lumières d’Alain Paradis, costumes de Claire Ristericcu , son de Xavier Jacquot assisté de Samuel Chabert, maquillages de Nathy Polak, chant, Anne Fischer.
Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris, Tel : 01 44 95 98 21, jusqu’au 2 février 2020 à 21H, durée : 1h

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