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Critiques / Théâtre

Douce d’après Dostoïevski

par Gilles Costaz

Un amour impossible

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Le coup de foudre chez un usurier n’a rien de foudroyant. Quand le prêteur sur gages s’éprend de la jeune Douce, il ne manifeste pas d’effusions. Une femme, ça s’achète. La jeune fille se laisse séduire et se laisser épouser. Mais leur amour ne prend pas feu, l’incompréhension entre les conjoints se développe. Lui n’est pas libéré d’un passé lourd à porter (un licenciement de l’armée). Elle cherche une gaieté qu’elle ne trouve pas et pourtant résiste aux autres hommes qui passent dans le monde fermé où elle s’est laissée emprisonner. Leur amour est impossible. Elle quittera volontairement la vie. Et c’est, au passé, à travers le regard rétrospectif du mari, que Dostoïevski a écrit cette nouvelle parfois adaptée au cinéma et au théâtre, dont André Oumansky propose une nouvelle mise en scène.
C’est un spectacle en clair obscur, presque distancié, sans explosion de sentiments, où tout respire le repli sur soi et la crainte d’aimer. Chacun garde ses mystères, ou ne les livre qu’à petites bouffées. Les émotions sont étouffées, et l’on étouffe dans ce bureau de courtier peu éclairé où l’on traite des affaires sur le vieux bureau à droite et où l’on s’asseoit pour vivre ou pour mourir sur le canapé rouge au centre. Nicolas Natkin incarne de façon très sûre un prêteur sur gages blessé qui a pris le parti de ne plus rendre visibles ses blessures. Dans la sobriété, son jeu est remarquable. Dans le rôle de Douce Anna Stanic est tout aussi convaincante dans un jeu différent qui alterne avec subtilité l’immobilité gênée et des élans toujours provisoires. Leurs partenaires, Rose Noël et Maxime Gleizes, sont les passants qui font entrer un peu de la vie extérieure ; avec justesse, ils libèrent les bribes de joie et de passion que peut tolérer l’atmosphère de ce bureau clos à tout vent. Oumansky et ses acteurs ont su atteindre l’épaisseur théâtrale qu’attendait l’intensité d’un texte bref et serré. Le moment est noué, notre cœur aussi.

Douce d’après Dostoïevski, adaptation et mise en scène d’André Oumansky, lumières de Yohann Marionnet, avec Anna Stanic, Nicolas Natkin, Rose Noël et Maxime Gleizes.

Théâtre Lepic (ex Ciné 13 Théâtre), 19 h 30 les vendredi et samedi, 19 h le dimanche, tél. : 01 42 54 15 12. (Durée : 1 h).

Photo DR.

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