Strasbourg - Opéra national du Rhin, jusqu’au 6 mai - Mulhouse - La Filature les 16 & 18 mai 2008

Die Walküre/La Walkyrie de Richard Wagner

Chevauchée fantastique au royaume des Nibelungen

Die Walküre/La Walkyrie de Richard Wagner

Après un Or du Rhin revisité en BD avec des yeux d’enfant mais qui avait musicalement quelque peu déçu (voir webthea du 19 février 2007), l’Opéra de Strasbourg aborde La Walkyrie, deuxième volet de la tétralogie du Ring des Nibelungen et cette fois gagne son pari.

La poésie de l’univers de David McVicar, metteur en scène d’Ecosse qui a pris l’habitude de nous émerveiller et de nous faire rire, qu’il aborde Mozart, Monteverdi, Haendel ou Britten, reste omniprésente. On retrouve ses costumes à identités multiples, entre imagerie médiévale, guerrier du Nil et samouraï japonais, les plans suspendus de ses décors, ses murailles d’argent, ses coulées de lave éteinte, ses éclairages crépusculaires et le joyeux imaginaire de ses chorégraphies. Les flammes qui au final de cette Walkyrie vont capturer Brünnhilde - et qui, deux soirées plus loin, marqueront l’anéantissement des dieux - dansent sur le plateau dès le lever de rideau dans des fumées où erre le vagabond Siegmund. L’idylle incestueuse du frère et de la sœur, jumeaux arrachés l’un à l’autre en enfance, se retrouvant et se reconnaissant sur un coup de foudre, va se nouer et se concrétiser dans une sorte de nocturne, où veillés par le frêne porteur de leur destin, leurs sens s’éveillent autant que leur révolte.

Des danseurs acrobates hissés sur d’étranges échasses

Wotan, le dieu qui les engendra avec une mortelle, apparaît dans ses mystères, sous une galerie de masques impassibles tandis que deux oiseaux de nuit battent des ailes et s’envolent dans les cintres. Ni transposition dans le temps, ni transfert dans l’espace, McVicar reste dans la légende et n’escamote rien, les casques, les armures, les boucliers sont tous au rendez-vous, agrémentés de détails qui en décalent les métaphores et leur donnent des suppléments d’humour. Les chevaux célestes, Grane et les autres, en constituent le clou : animés par des danseurs acrobates hissés sur d’étranges échasses en forme de sabots et coiffés d’armatures légères reconstituant une tête de cheval, ils piaffent, bottent, se coursent, se renversent et entraînent les guerrières walkyries et leurs trophées. La trouvaille, inédite et savoureuse, est une nouvelle fois signée David Greeves, ce chorégraphe-danseur dont la spécialité est de tourbillonner dans les airs. Compère fidèle de McVicar, il l’accompagna dans un merveilleux Songe d’une nuit d’été à Bruxelles et plana dans l’Or du Rhin en irrésistible lingot volant.

Autre allégorie bienvenue, celle de ce masque géant posé à même le sol pour figurer le rocher de leur olympe et qui au moment des adieux va s’ouvrir puis se refermer sur la prison sépulture de la walkyrie bannie. Pour résoudre l’éternel casse tête de trouver une solution nouvelle à un problème devenu mythique, l’idée est astucieuse.

Jeanne-Michèle Charbonnet, Brünnhilde quasi idéale

La direction d’acteur n’est pas en reste. Les relations de Wotan et de Brünnhilde, sa préférée rebelle, se tendent sur le fil de leur passion et de leurs dissensions comme la corde d’un arc prêt à combattre. Rarement la musique sublime de leurs adieux aura atteint un tel degré d’émotion. Il est vrai que Jeanne-Michèle Charbonnet incarne une Brünnhilde quasi idéale, le timbre généreux jusque dans les aigus en montagnes russes, la projection impeccable et le jeu, juvénile et convaincant. Grâce à elle le Wotan de Jason Howard, plus à l’aise que dans L’Or du Rhin, mais encore en retrait de puissance et de chaleur vocale, finit par acquérir une dimension à la fois héroïque et pathétique, lui, le dieu absolu qui avoue être devenu « l’esclave de ses propres pactes ». Sieglinde a la fraîcheur de la soprano irlandaise Orla Boylan, émouvante malgré un timbre fragile et un vibrato pas toujours maîtrisé. Bonne prestation de Hanne Fischer en Fricka embourgeoisée, mais déception pour Hunding dont la basse anglaise Clive Bayley n’a ni la voix ni la carrure. Plaisir intense enfin d’entendre un vrai heldentenor avec Simon O’Neill, ténor néo-zélandais qui porte Siegmund sur ses larges épaule et sa voix solaire.

Le chef slovène Marko Letonja, familier des opéras de Bâle, Genève, Berlin, Melbourne ou Milan, fait ses débuts en France via Strasbourg dont il hisse l’Orchestre Philharmonique, malgré quelques mollesses, à un niveau de qualité en accord avec les exubérances wagnériennes.

Die Walküre/La Walkyrie de Richard Wagner, orchestre philharmonique de Strasbourg, direction Marko Letonja, mise en scène David McVicar, décors et costumes Rae Smith, lumières Paule Constable, chorégraphie Andrew George, vols et déplacement David Greeves, masques Vicky Hallam. Avec Jeanne-Michèle Charbonnet, Simon O’Neill, Jason Howard, Orla Boylan, Clive Bayley, Hanne Fischer, Karen Leiber, Kimy McLaren, Annie Gill, Katharina Magiera, Sophie Angebault, Linda Sommerhage, Sylvie Althaparro, Varduhi Abrahamyan, David Greeves.

Opéra National du Rhin à Strasbourg, les 18, 21 avril, 2 & 6 mai à 18h30, le 27 avril à 15h – 03 88 75 48 23
La Filature de Mulhouse, le 16 mai à 18h30, le 18 à 15h – 03 89 36 28 28.

crédit photos : Alain Kaiser

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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1 Message

  • Die Walküre/La Walkyrie de Richard Wagner 10 mai 2008 18:28, par lulu

    Bonjour,

    je trouve que vous y allez fort à propos de la basse qui incarnait Hunding : en effet, il s’agissait d’un excellent acteur avec beaucoup de "présence" par ailleurs doté d’une voix magnifique et bien timbrée : un superbe Hunding !
    Où avez-vous été chercher vos critiques assassines ?
    D’autre part, je ne comprends pas votre réserve quant à la soprano Orla Boylan : j’ai assisté à la première, et je n’ai pas relevé les "défauts" dont vous faites mention.
    Sincèrement vôtre

    Lucienne Flory

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