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Critiques / Théâtre

Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu de Maurice Joly

par Dominique Darzacq

Un débat d’actualité

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Machiavel (1469-1527) baille d’ennui aux enfers, pour se distraire et parce que « des générations d’humains en ont fait son ennemi », il décide de rendre visite à Montesquieu (1684-1755), histoire de faire sa connaissance et discuter avec lui de la démocratie et du despotisme. Tout oppose l’auteur du « Prince » à celui de « L’Esprit des lois ». L’un, philosophe et écrivain des Lumières, admire les grandes institutions, plaide la cause des lois et de la liberté, tandis que l’autre, stratège florentin du temps des Médicis, aime les grands hommes, affirme que la fin justifie les moyens. Montesquieu est convaincu que « pour être heureux, les peuples ont moins besoin d’hommes de génie que d’hommes intègres », Machiavel affirme lui, qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil et que les lois et le droit peuvent être le socle d’un moderne despotisme.
Publiée en Belgique en 1864, sous le subterfuge d’une dispute imaginaire entre les deux auteurs, l’œuvre est, à l’origine, un virulent pamphlet qui avait pour cible Napoléon III et valut à son auteur, le journaliste avocat Maurice Joly, de passer par la case prison. Tombée dans l’oubli, c’est grâce à son édition dans la collection « Liberté d’esprit » que dirigeait Raymond Aron chez Calmann-Lévy que fut exhumée dans les années soixante Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu . Cette réjouissante joute oratoire à fleuret moucheté entre deux grands penseurs politiques ne pouvait échapper au théâtre. Après Pierre Fresnay et Julien Bertheau à la Michodière (1968), Michel Etcheverry et François Chaumette à l’Odéon (1983), Jean-Paul Bordes et Jean-Pierre Andréani au Lucernaire (2005), c’est actuellement, sur la scène du Théâtre de Poche Montparnasse, sous la houlette de Marcel Bluwal, Hervé Briaux et Pierre Santini qui donnent corps à la controverse. Pour mieux nous faire entendre ce que les propos d’hier trouvent d’échos aujourd’hui, le metteur en scène signe également une nouvelle adaptation qui privilégie la partition de Machiavel et s’en explique : « ce qu’il démontre sur la manipulation de la presse par l’Etat et la manière de gouverner les peuples dans une société qu’on peut dire « du spectacle » est proprement stupéfiant d’actualité. »
C’est dans un bureau aux murs blancs, meublé de verre et d’acier où les livres qui tapissent le fond du décor ne sont plus que des ombres translucides que Machiavel (Hervé Briaux) rencontre Montesquieu (Pierre Santini). En dépit de son atmosphère fantomatique, le décor (Catherine Bluwal) n’en évoque pas moins un plateau de télévision qui donne à la joute oratoire un accent de débat d’experts sur une chaine d’info en continu. On peut regretter que le parti pris dramaturgique tienne un peu en retrait Montesquieu, homme sage sachant se dominer, parfois ébahi, voire désarçonné par les démonstrations implacables d’un Machiavel disert et sanguin, emporté par sa passion.
Pour leur part, les deux comédiens qui font merveille en penseurs rompus à l’art de la conversation, donnent tout son jus de mordante véracité, tempérée d’humour, à leur dialogue, et l’on ne regrette pas d’avoir passé une soirée aux enfers en leur compagnie.

Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu de Maurice Joly. Adaptation et mise en scène Marcel Bluwal, avec Pierre Santini et Hervé Briaux. (Durée 1h15)

Théâtre de Poche Montparnasse à 19h tel 01 45 44 50 21
WWW.theatredepoche-montparnasse.com

Le texte, dont la lecture offre un autre plaisir, est publié par L’Avant-Scène Théâtre
(Collection des Quatre-vents)

Photo ©Victor Tonelli

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