Paris – Théâtre du Marais – jusqu’au 26 mars 2011
Deux petites Dames vers le Nord de Pierre Notte
La folle équipée de Cerise Guy et Martine Logier au pays dont on ne revient pas

Maman est morte. Elle avait 97 ans. C’est triste, c’est comme ça. Normal. Annette et Bernadette, ses filles se sont relayées pour la veiller. Ce soir là elles ont fait une pause, dans un théâtre où se jouait une pièce d’Harold Pinter, prix Nobel de littérature, un truc d’un ennui mortel. Maman en a profité pour s’en aller. Les deux sœurs l’ont fait incinérer, les voilà avec l’urne ne sachant pas trop quoi en faire.
La poser sur la tombe du papa mort 25 ans plus tôt, quelque part dans le nord, pourquoi pas ? Réunir les défunts une fois pour toutes. Les voilà partie en folle équipée à la recherche d’un bout de pierre ou de marbre ancré dans un cimetière inconnu du côté d’Amiens…
Pierre Notte, père de cette comédie où le deuil s’habille de loufoquerie, est un auteur que l’on pourrait qualifier de singulier pluriel. Il fut journaliste, critique dramatique et secrétaire général de la Comédie Française tout en taquinant, d’une plume alerte, l’art de l’écriture dramatique. C’est un pro, il connaît la musique, il fait des alliages inattendus, trempe des situations à la Feydeau dans l’encre d’Ionesco, saupoudre le tout d’un sel de cabaret, invente en quelque sorte un théâtre de divertissement où les grands et petits sentiments s’emmitouflent de comique. Se mordre, Les couteaux dans le dos, J’existe-foutez-moi la paix, Journalistes, une petite cascade de pièces et piécettes naquirent, avec, en vedette Moi aussi je suis Catherine Deneuve, Molière du théâtre privé 2006. Puis, dans la foulée des réussites et du succès ces Deux petites Dames vers le Nord, improbable épopée autour de la mort créé à la Pépinière-Opéra il y a trois ans par Christine Murillo et Catherine Salviat ( voir webthea du 3 avril 2008, critique de Gilles Costaz).
Sur les routes dans des temps immobiles
Deux comédiennes rares en reprennent les aventures « roman-bolesques » sous un point de vue façonné à leur instinct autant qu’à leur savoir faire. Martine Logier et Cerise Guy qu’on n’avait plus vues sur scène depuis trop longtemps ont uni leurs tempéraments pour relancer sur les routes ce drôle de pèlerinage funèbre où le deuil se chausse d’un nez de clown. Les voilà sur les routes dans des temps immobiles depuis le commissariat de police où elles ont échoué après quelques fantaisie au volant d’un car emprunté à la va vite pour tenter de retrouver le dernier domicile du papa oublié. Cerise, la brune terre à terre, toujours en quête d’une clope, tente de ramener aux réalités la blonde et volubile Martine qui aime planer dans l’inconnu. Un bout de banc mobile joue tous les rôles d’accessoires, de la tombe au train ou au car que les deux voyageuses chevauchent au vent. L’une, Martine Logier, a beaucoup travaillé dans les institutions parisiennes et de la décentralisation, l’autre Cerise Guy, s’est davantage fait connaître dans le privé parisien, au ciné, à la télé. Toutes deux aiment écrire et prendre des risques. Elles se complètent parfaitement, dosent à deux voix, deux présences, l’humour, le grotesque et le pathétique. Avec elles la route vers Nord devient une cure de santé.
Deux petites Dames vers le Nord de Pierre Notte, mise en scène et interprétation de Martine Logier et Cerise Guy, dispositif scénique Didier Warin, lumières Anne Coudret.
Théâtre du Marais
Du 06 janvier au 26 mars. Les jeudi, vendredi, samedi à 19h – 01 45 44 88 42




