De Mozart à Steve Reich à la Gaîté Lyrique

L’Orchestre de chambre de Genève est en résidence à la Gaîté Lyrique.

De Mozart à Steve Reich à la Gaîté Lyrique

Inauguré en 1862, dirigé par Offenbach, longtemps laissé à l’abandon, le théâtre de la Gaîté Lyrique a été dévasté en 1989 par un éphémère parc d’attractions couvert avant d’être de nouveau fermé. La Mairie de Paris a eu l’idée de lui redonner vie et d’en faire un haut-lieu des musiques dites actuelles, notamment électroniques, avec salles de spectacle, studios, médiathèque, etc., à l’instar de l’Onedotzero de Londres ou du ZKM de Karlsruhe. Les nouveaux aménagements intérieurs sont dus à Manuelle Gautrand, et l’inauguration a eu lieu en mars dernier. Mais l’activité de la nouvelle Gaîté Lyrique ne saurait se réduire à son slogan « révolutions numériques » : l’Orchestre de chambre de Genève et son directeur musical le pianiste David Greilsammer y étaient récemment (pour la deuxième fois) en résidence, en pariant de rapprocher des univers musicaux a priori éloignés les uns des autres.

Nous avons assisté au premier des trois concerts de ce nouveau cycle, occasion également de découvrir un lieu dont seuls subsistent la façade et le foyer de l’architecte Alphonse Cusin, habilement restaurés. L’ensemble, pour aller vite, peut évoquer Beaubourg et ses multiples espaces, et la grande salle de concert se résume à un volume muni de gradins, avec des galeries qu’il est possible d’utiliser pour créer des effets de spatialisation. C’est là que se sont produits les musiciens genevois dans un programme d’œuvres pour solistes réunissant les noms de Mozart, Crumb et Steve Reich. Après le sage Quatuor pour flûte et cordes K 285, sagement interprété (on est loin de la beauté poignante du Quintette avec clarinette), venait Vox Balaenae de George Crumb, œuvre sympathique pour trois instrumentistes (masqués, afin de symboliser les forces inhumaines de la nature, précise le compositeur !) et bande sonore, qui se propose en toute candeur d’imiter la voix de la baleine. L’œuvre était agrémentée de la projection d’une image mouvante représentant l’océan, soit.

La pièce principale du concert n’était autre que Different Trains (1988) de Steve Reich, l’une des célébrités de la musique dite répétitive ou minimaliste. On peut se laisser griser par les mouvements perpétuels d’une pareille partition, d’ailleurs fort bien rendue, mais pourquoi, là encore, ajouter à la musique des images de train qui se veulent poétiques, dramatiques, fiévreuses ? Certes, les mouvements de l’œuvre indiquent « America-Before the War », « Europa-During the War » et « After the War », mais l’ajout d’images (ou de lumières, ou de projections, ou d’ambiances) n’a jamais accru les pouvoirs de la musique. Quand la musique frappe l’imagination, pourrait dire le proverbe, le sourd a besoin d’images.

photo : Paris vu du foyer de la Gaîté Lyrique.

Orchestre de chambre de Genève, le 27 janvier 2012 à la Gaîté Lyrique, 3, rue Papin (01 53 01 52 00, www.gaite-lyrique.net).

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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