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Critiques / Rue & Cirque

Dans ton cœur par le cirque Akoreacro

par Gilles Costaz

Une vie de couple qui ne touche pas terre

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Etrange compagnie circassienne qu’Akoreacro : la troupe – qui est accueillie à La Villette et qui fera ensuite une tournée en France et dans de grands festivals – comprend onze artistes de sexe masculin et une seule femme ! Ce n’est pas sa seule singularité : elle est férocement moderne et, pour son nouveau spectacle, Dans ton coeur, elle a fait appel à un metteur en scène, Pierre Guillois, maître du dérèglement climatique de la planète théâtrale. Elle reprend pourtant le principe du chapiteau et de la scène ronde (car ce n’est pas tout à fait une piste, il n’y pas le rebord qui ferme le cercle et contient les déplacements des chevaux dans le cirque classique), mais le climat n’est pas à la féerie. Akoreacro greffe l’acrobatie sur la vie quotidienne et les images de notre décor dévoré par l’électro-ménager.
Des machines à laver et des réfrigérateurs sont transbahutés parmi les spectateurs dès la première seconde. Ces machines empaquetées ou déballées vont aller en scène et dans les airs, faisant ployer les artistes sous leur poids ou s’envolant jusqu’aux cintres. Même ascension pour une baignoire, qui ira vers les sommets, mais pleine d’eau (quoique l’eau semble à base de paillettes) et occupée par une baigneuse en maillot. Au cœur de cette frénésie des objets, se met en place et s’accélère l’agitation d’un couple qui va du coup de foudre à la vie à deux, fait des enfants (deux), se dispute (violemment), se trompe et renoue : autant d’épisodes qui créent des actions aériennes différentes. Dans la dernière partie, le scénario perd un peu de sa force, le cirque d’acrobatie pure reprenant ses droits.
Tandis que les musiciens, hissés sur les mâts, assurent les tempos – sans toujours cogner fort, avec un juste sens des scènes et du rythme -, l’occupation du plateau change sans cesse de forme. Des portiques le coupent en deux, ou les artistes s’y déplacent selon les lignes données par les événements qui ont lieu au-dessus de leurs têtes. Ceux qu’on appelle les porteurs reçoivent sans cesse les acrobates sur leurs épaules ou dans leurs bras. La vie de ce couple qui ne touche pas terre est, en effet, toute en trajectoires aériennes. L’unique voltigeuse de la troupe, Claire Aldaya, tournoie sans modifier les gestes du quotidien, en gardant son téléphone portable ou un biberon, en tenant son bébé – un faux bébé, évidemment. Son partenaire, Antonio Segura Lizan, a la même contenance tranquille pendant ses exercices follement giratoires, même quand il figure un moment d’infidélité et de copulation avec un travesti sous la coupole du cirque ! Ces deux voltigeurs, qui peuvent aussi traverser l’espace collés l’un à l’autre, comme catapultés, sont des artistes à la technique sidérante et à la présence tout à fait originale.
Clair obscur, torsions des corps et distorsion critique de la vie banale forment le credo de Pierre Guillois qui a, ici, quelque peu débranché la lumière. L’éclairage peut être intermittent : les artistes tournent dans les airs et se rattrapent aux autres parfois dans l’obscurité ! Guillois, qui décale sans cesse le foyer de l’action, dit très justement : « La piste devient une centrifugeuse ». Avec lui, Akoreacro crée l’un des plus stupéfiants cirques de l’ère industrielle.

Dans ton cœur par la compagnie Akoreacro, mise en scène de Pierre Guillois. Assistante à la mise en scène : Léa de Truchis.
Soutien aux techniques de cirque : Fabrice Berthet & Yuri Sakalov.
Regard chorégraphique : Roberto Olivan.
Oreilles extérieures : Bertrand Landhauser.
Costumes et accessoires : Elsa Bourdin assistée de Juliette Girard et Adélie Antonin. Scénographie circassienne : Jani Nuutinen / Circo Aereo assisté de Alexandre de Dardel
Avec Claire Aldaya voltigeuse,
Romain Vigier acrobate, porteur,
Maxime Solé acrobate, trapèze Washington,
Basile Narcy acrobate, porteur, jongleur,
Maxime La Sala porteur cadre,
Antonio Segura Lizan voltigeur,
 Tom Bruyas porteur, acrobate 
Joan Ramon Graell Gabriel porteur, acrobate, Vladimir Tserabun contrebasse, violoncelle, basse, Eric Delbouys batterie, percussions
Nicolas Bachet Saxophone, acrobate
Johann Chauveau Clavier, flute
La Villette, Espace Chapiteaux, 20 h, tél. : 01 40 03 75 75, jusqu’au 26 mai. (Durée : 1 h 20).
En tournée :
• du 1er au 3 Août – Festival Scène de cirque, Puget-Théniers (06)
• du 18 au 21 septembre – Scène nationale de Macon (71)
• du 26 au 29 septembre – Festival CIAM, Aix en Provence (13)
• du 5 au 11 octobre – Scène nationale de Sénart (77)
• du 25 au 27 octobre – Festival Theater op de Markt, Neerpelt (Belgique)
• du 4 décembre au 6 janvier 2020 – Festival Winterfest, Salzbourg.
• du 30 janvier au 2 février – Cirque Théâtre d’Elbeuf (76)
• du 7 au 9 février – Turnhout (Belgique)
• du 22 au 24 février – Théâtre de Vitry
• du 26 au 29 mars – Théâtre de Sète
• du 7 au 9 mai – Théâtre de Maubeuge
• du 14 au 17 mai – Théâtre d’Epinal
• du 27 au 30 mai – Les Transversales, Verdun
° du 4 au 7 juin – Scène nationale d’Orléans.

Photo DR.

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