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Critiques / Théâtre

Dans la luge d’Arthur Schopenhauer de Yasmina Reza

par Gilles Costaz

Les monologues de la grande bourgeoisie

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Une fois ouverte avec l’acrobatie de Yoann Bourgeois et la fantaisie de Thomas Jolly, la Scala fait place à l’écriture contemporaine avec un cycle consacré à Yasmina Reza : d’une part une série de lectures avec des acteurs illustres (Bulle Ogier, Carole Bouquet, Nicole Garcia, Josiane Stoleru, Dominique Reymond, Reza elle-même…), d’autre part une nouvelle mise en scène de Dans la luge d’Arthur Schopenhauer. Cette pièce, qui avait été créée naguère par Maurice Benichou à Théâtre Ouvert, n’est pas la plus connue. Est-ce la moins bonne ? C’est, en tout cas, la plus risquée dans la forme et l’on saura gré à la Scala et au Quai (Centre dramatique national d’Angers) d’avoir tenté la réhabilitation de cette œuvre de 2005. L’auteur met en place une série de parlers monologués, de rencontres où quatre personnages s’adressent en fait à eux-mêmes puisque ceux qui sont à côté d’eux oublier de les écouter. Une femme qui a pris ses distances avec son amant, celui-ci qui est professeur de philosophie, un ami versé dans les affaires et une psy se croisent ou s’éloignent les uns des autres, chacun ayant son ou ses moments d’expression, son soliloque où il tourne en rond dans ses certitudes et ses points de vue de mondain plus ou moins enfermé dans ses clichés de classe.
L’aspect satirique est bienvenu, d’autant plus que Reza n’est pas du côté où l’on attend les censeurs et s’amuse à défendre la frivolité contre les pesants professeurs de morale. Ce qu’elle montre bien, surtout, c’est que le monde du savoir et celui de la finance est le même : le penseur qui se soucie de Schopenhauer (d’où le titre) et le consultant en économie sont des amis et, d’une certaine façon, pensent selon le même moule. Mais les longs monologues de Reza n’ont pas le nerf de ceux de Thomas Bernhard (son modèle, à l’évidence). Ils se répètent et s’étirent. Face à eux, la mise en scène de Bélier-Garcia, située dans une terrasse fermée par une haie de végétaux, semble paralysée. Chaque acteur s’intègre à la ronde d’une façon identique. Yasmina Reza ouvre (et ferme) la soirée avec une désinvolture caustique – un peu gênée, sur le plan de la portée de la voix, par les dimensions de cette belle et nouvelle salle. André Marcon déroule son texte à sa manière qui est d’un désespoir à la rage douce mais qui ne réveille pas assez les mécontentements des phrases. Jérôme Deschamps trottine joliment en théoricien de l’économie résigné à prêcher dans le désert. Enfin, Christèle Tual est la plus brûlante dans la mise à feu de ces monologues soufrés de la grande bourgeoisie. Mais, comme ni l’esprit de fureur, ni l’esprit de nuance ne parviennent à l’emporter, le spectacle fait l’effet d’un pont suspendu qui n’atteint pas la rive d’en face.

Dans la luge d’Arthur Schopenhauer de Yasmina Reza, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia, collaboration artistique de Caroline Gonce, scénographie de Jacques Gabel, lumières de Roberto Venturini, costumes de Marie LaRocca, avec Yasmina Reza, Christèle Tual, Jérôme Deschamps et André Marcon.

La Scala, tél. : 01 40 03 44 30, jusqu’au 24 novembre. La « carte blanche » à Yasmina Reza se poursuit jusqu’au 22 novembre.

Photo Pascal Victor : Christèle Tual.

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