Paris, Lucernaire jusqu’au 25 août 2012
Dans l’autobus
La poésie roule en navette

Devant l’entrée du Lucernaire, on monte dans la navette – un petit bus Renault affrété par la Mairie de Paris – pour un voyage qui ne va dépasser les frontières du Ve arrondissement. Juste le temps de voler un peu de l’âme du quartier du Luxembourg et de Saint-Sulpice, d’être frôlé et touché par des poèmes, des textes et des musiques. En chemin, dans le bus et dehors (car on descend deux fois du véhicule, pour écouter et voir en marchant, goûter Paris et la littérature avec ses jambes), on fait connaissance avec ses guides en tenues noires mais estivales et mutines, dévoilant la poitrine ou le dos : les actrices Sandrine Brunner, charmeuse proche et distante, cultivant une relation mystérieuse avec le passager-spectateur, et Kristina Chaumont, fantaisiste, comme échappée d’un conte ou d’une féerie. Plus discrets sont le guitariste Simon Le Pape et le metteur en scène, Carole Anderson, qui s’est donné une apparence de touriste hagarde, la bouteille d’eau sortant du sac, et dit furtivement des textes en anglais.
La virée n’en est pas moins française, et parisienne. Elle joue avec la splendeur de l’arrondissement et le hasard de la vie quotidienne. Un clochard se retrouve dans le champ et ne quitte pas le banc qu’il occupe de haute lutte ; des joggeurs contournent le groupe descendu du car, en tournant la tête vers ces actrices proférant des mots si éloignés du langage olympique.
C’est, naturellement, Queneau qui ouvre le périple littéraire : ses Exercices de style analysent en riant le principe du voyage en autobus. Ensuite, les textes, dont les auteurs ne seront révélés qu’à la fin, sont souvent inattendus. Pour un Ionesco, un Prévert, un Shakespeare (longue déclaration amoureuse du Songe), l’on a droit aussi à Bobin, Fréchette et même Pizzuti, comédien-auteur belge dont on ne parle plus beaucoup en France depuis le temps lointain où il jouait à Paris avec Barrault et Béjart… Selon l’angle où l’on est, on est plus ou moins impliqué, plus ou moins attentif. Mais toujours séduit, emporté, caressé par la beauté d’un moment rare.
Dans l’autobus, sur une idée originale de Carole Anderson et Sandrine Brunner, adaptation et mise en scène de Carole Anderson, avec Sandrine Brunner, Kristina Chaumont, Carole Anderson, Simon Le Pape (guitare). Lucernaire, tél. : 01 45 44 57 34, séances à 18 h, 19 h 15, 20 h 45, du mercredi au samedi, jusqu’au 25 août. (Durée : 1 h).



