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Critiques / Théâtre

Dandin, il le Fau

par Christian Wasselin

Michel Fau met en scène à l’Athénée George Dandin, une pièce de Molière qui tourne sur elle-même et respire en compagnie de la musique de Lully.

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CONTRAIREMENT AU BOURGEOIS GENTILHOMME par exemple, George Dandin n’a rien d’une comédie ballet ou d’une pièce dans laquelle la musique joue un rôle essentiel. Au contraire, la partition écrite par Lully pour cette comédie frustrante vient colorer le propos de Molière, le divertir, l’aérer. Car George Dandin n’a rien non plus d’un miracle de construction dramatique : le malheureux personnage qui donne son nom au titre, bourgeois à l’aise qui vient d’épouser une jeune aristocrate désargentée, s’inquiète (à juste titre !) des infidélités de son épouse, mais immanquablement, au fil des trois moments de la pièce, se fait avoir : c’est lui qui passe pour le jaloux, le soupçonneux, le coupable. La pièce n’évolue pas, Dandin reste Dandin, on en est à la fin au même point qu’au début.

Pour donner du panache à cette pièce, il faut la folie d’un Michel Fau, son amour de ce qu’on appelle le baroque, ce qui ne veut rien dire en soi mais qu’on peut traduire par : l’amour du XVIIe siècle, du travestissement, de l’outrance. Avec sa végétation symétrique, au fond de la scène, son arbre central qui abrite une maison et, tout en haut, quelque chose comme un autel ou un promontoire, le George Dandin qu’il met en scène à l’Athénée et dans lequel il joue le rôle-titre, a tout d’une farce à la fois très noire et très colorée, extravagante dirait Molière, où le réalisme n’a pas sa part. Car nous sommes au théâtre, faut-il le rappeler, et c’est très bien : au pays de Michel Fau, le bizarre et l’excessif sont les bienvenus.

Il y a Fau lui-même, cocu magnifique aux regards infinis de profondeur, qui a quelque chose d’un Alceste*, la voix plaintive et la silhouette d’un martyr ; il y a l’Angélique d’Alka Balbir, que Michel Fau n’hésite pas à habiller en Japonaise de fantaisie, il y a les parents d’icelle (Anne-Guersande Ledoux et Philippe Girard), il y a Clitandre le prétendant (Armel Cazedepats), et Claudine (Nathalie Savary) et le bouffon, le paysan, l’ignorant Lubin (Florent Hu). Il y a aussi la musique de Lully, qui encore une fois ne se mêle pas à l’action mais vient, à la fin de chaque acte, en raconter une morale légère et, sous prétexte de chanter les bergères, célèbre la grâce des amours aristocratiques. Gaétan Jarry dirige l’Ensemble Marguerite, instrumentistes, chanteuses et chanteurs (à la diction impeccable de naturel), et donne à la sombre comédie qu’est George Dandin cette part de rêve et de légèreté dont elle a bougrement besoin.

Illustration : Michel Fau est George Dandin (photo Christian Visticot)

* Rôle qu’a interprété Michel Fau il y a quelques années au Théâtre de l’œuvre.

Molière/Lully : George Dandin. Michel Fau (George Dandin), Alka Balbir (Angélique), Anne-Guersande Ledoux (Mme de Sotenville), Philippe Girard (M. de Sotenville), Armel Cazedepats (Clitandre), Nathalie Savary (Claudine), Florent Hu (Lubin). Mise en scène : Michel Fau ; décor : Emmanuel Charles ; costumes : Christian Lacroix ; lumières : Joël Fabing. Ensemble Marguerite Louise, dir. Gaëtan Jarry. Théâtre de l’Athénée, 11 mai 2022. Prochaines représentations jusqu’au 29 mai, puis en tournée à Chambéry, Berne, Caen, Arles et Versailles.

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